La Ville Impériale proprement dite est située au centre du Palais d'Hiver et entourée, elle aussi, d'une muraille qu'il ne m'a pas été possible de franchir. Du haut de la Montagne de Charbon, le délégué du Ouaï Ou Pou chargé de nous piloter nous a montré les pavillons de l'empereur, de l'impératrice, les divers bâtiments, les temples et tout ce qui constitue la ville interdite. A toutes nos questions sur le jeune empereur, nous reçûmes des réponses vagues. «Pauvre gosse!», dit à un certain moment l'un de nous.-«Il n'est pas pauvre! reprit vivement un des personnages officiels, il touche 300.000 taëls par mois.»

Evidemment...

Nous visitâmes donc des cours, des pavillons, des couloirs, précédés et suivis d'eunuques grassouillets et écoutant distraitement les explications de notre guide, qui s'exprimait en fort bon français. C'est vraiment mieux ici qu'au Palais d'Été. Il y a des morceaux d'une rare élégance; les détails sont plus soignés et l'ensemble est moins délabré; c'est habité et les choses semblent s'en ressentir.

Départ pour la promenade en jonque sur les lacs du Palais d'Hiver.

On nous a promenés en jonque sur les lacs couverts de lotus qui, malheureusement, ne fleuriront que dans un mois. Les bateliers qui nous attendaient, la longue perche au poing, ne manquaient pas d'allure, et les jonques, portant, l'une les invités et l'autre les eunuques, nous ont amenés à un débarcadère assez amusant, près du pont en S qui conduit au pied du Pé Ta, la «bouteille de Pippermint», comme l'appellent nos marsouins, qu'on aperçoit de tous les coins de Pékin.

La garde qui nous avait rendu les honneurs à notre arrivée nous a, de nouveau, présenté les armes à la sortie, car nous étions des visiteurs officiels; puis, comme il était près de 2 heures, nous sommes allés déjeuner, comme de simples citoyens.
L. Sabattier
--A suivre.--

LA BANDE ANARCHISTE AUX ASSISES

Suite des croquis d'audience de Paul Renouard.