Les alpins dans la cour d'entrée de la casbah. Sous un
appentis, la cage de fer dans laquelle le caïd Anflous
enfermait sesennemis captifs Photographies G. Guérard.
Au matin, quand les nôtres se remirent en marche, les Marocains se défendirent pied à pied dans chacun des villages fortifiés qui gardaient la route, se repliant méthodiquement vers la zaouïa de Sidi Lhassen ou El Hassan, centre important que le général Brulard s'était donné comme objectif.
Le terrain, et c'est ainsi dans toute cette contrée hérissée de rocs, broussailleuse, boisée même, un peu, était horriblement difficile. Il était, par surcroît, fort habilement aménagé pour la lutte: en plus des fortins dont il est semé, l'ennemi y avait établi des tranchées à l'épreuve des obus à balle. Le général Brulard n'eut pas trop de toutes les ressources dont il disposait. Tandis que l'artillerie faisait son oeuvre, que le tabor des troupes auxiliaires et les tirailleurs chargeaient à la baïonnette pour maintenir les Marocains sur la gauche de la zaouïa, un mouvement tournant des tirailleurs et des zouaves prit à revers la position tant disputée: à 2 heures après midi, nous en étions maîtres; mais, jusqu'à la nuit, les nôtres, installés sur le terrain conquis, furent en butte à une fusillade ininterrompue.
De nombreux cadavres marocains étaient demeurés sur la place; les tranchées étaient ensanglantées. L'ennemi devait avoir éprouvé des pertes considérables. Nous avions seulement huit tués et soixante blessés.
Le 25, à 6 heures du matin, laissant les blessés et les convois à la garde d'une compagnie d'alpins, d'une de tirailleurs et d'une section de 75, le général Brulard se remettait en marche sur le dar Anflous.
Le terrain sur lequel on allait opérer était encore, dit notre confrère de l'Havas, historiographe de cette marche magnifique, «plus âpre que celui où s'était déroulé le combat du 24 janvier. Des gorges profondes séparent les croupes rocheuses et boisées des crêtes montagneuses qui s'étendent parallèlement».
L'ennemi, escomptant que nous allions nous engager dans ces gorges, avait tout préparé pour nous y bloquer et nous écraser. Le général Brulard n'est pas si naïf! Il manoeuvra pour s'emparer des hauteurs de droite, mais en trompant tout d'abord ses adversaires par une manoeuvre de cavalerie qui consistait à faire croire que sa colonne allait suivre le ravin: les cavaliers purent se rendre compte à quel point les précautions, de ce côté, étaient prises!
Alors ils gagnèrent, méthodiquement, sous la protection de l'artillerie, les premiers contreforts de la chaîne de droite, bientôt suivis de la colonne entière débusquant tout ce qui s'offrait à sa marche. A 9 heures on était sur la crête, «après une série de combats durant lesquels la fusillade, les hurlements des Marocains et le fracas de la canonnade, faisaient littéralement trembler la montagne».
Destruction de la forteresse d'un grand caïd marocain.
La colonne Brulard fait sauter à la mélinite la casbah d'Anflous:
explosion des deux tours de l'Est.--Phot. G. Guérard.