Le prince Katsura.
Le cabinet Katsura avait succédé, sous la pression du parti militaire, au cabinet Saïonji, très populaire pour son programme d'économie générale et de dégrèvement fiscal. Peu soutenu par la cour, et ne pouvant réussir à remplacer son ministre de la Guerre qui venait de démissionner sur un refus de crédits nouveaux, le marquis Saïonji dut se retirer, bien qu'il eût la majorité dans les deux Chambres, et le prince Katsura, qui avait été déjà deux fois premier ministre, de 1901 à 1906 et de 1908 à 1911, assuma la tâche ardue de concilier des intérêts en apparence inconciliables. Les événements nous montrent que l'éminent homme d'État n'y a pu réussir. La décision du gouvernement d'enlever les questions militaires à la compétence du Parlement nettement hostile, et dont, à deux reprises, furent prorogées les séances, a mis le comble à l'impopularité du ministère qui, sous la menace de toute une population ameutée, s'est résigné à abandonner le pouvoir.
PLUS FORT QU'A KOEPENIK
LA MOBILISATION DE STRASBOURG
Il est une faculté que l'on a depuis trop longtemps déniée aux Allemands, voire aux pangermanistes: c'est le sens de l'humour. Deux hommes, du moins, deux héros--car on les a vite tenus pour tels en leur pays, étant donné les difficultés de l'entreprise--auront, à peu d'années d'intervalle, tenté à ce point de vue une sorte de réhabilitation de l'esprit national. Ces deux «humoristes», qui jouissent aujourd'hui d'une égale et légitime popularité dans toute l'Allemagne et jusque dans les pays voisins, sont le cordonnier Voigt (l'inoubliable capitaine de Koepenik) et le sous-officier réformé Wolter, dont les exploits, non moins joyeux et d'une ingénuité de moyens tout aussi remarquable, datent à peine d'hier.
Vous paraîtrait-il agréable, histoire de rire un peu par ces temps vraiment trop maussades, de bouleverser l'un des plus vastes camps retranchés de l'Allemagne, d'amener un gros Zeppelin sur les fortifications, d'envoyer, en tenue de parade, au polygone de la ville militaire, 16.000 hommes, 30 généraux et colonels, un gouverneur de forteresse et un général commandant de corps tandis que tous les monuments se pavoisent? La chose est presque trop facile.
| Le général von Egloffstein, gouverneur de Strasbourg. | Place Impériale à Strasbourg: la foule des immigrés attendant... le retour de l'empereur du polygone. | Le général von Fabeck, commandant le XVe corps. |
Voici: vous passez au bureau de poste de votre quartier, où vous rédigez un télégramme à votre propre adresse. Ce télégramme ne porte qu'un seul mot: oui, par exemple. Une demi-heure plus tard, un télégraphiste se présente à votre domicile et vous remet la dépêche. Alors vous grattez l'adresse, l'origine du télégramme et le oui, sans toucher aux autres indications. Puis vous écrivez l'adresse du gouverneur de la place et vous ajoutez quelques lignes péremptoires ordonnant la mobilisation des troupes. Hardiment vous abusez du nom de l'empereur Guillaume et, coiffé d'une casquette de télégraphiste, une longue pèlerine jetée sur vos épaules, vous allez porter vous-même cette dépêche au lieutenant qui commande le poste central. Le lieutenant transmet le télégramme au bureau du gouverneur, et, cinq minutes après, la garnison est «alarmée»; la générale retentit; une rumeur de guerre emplit la ville! Des têtes ornent toutes les fenêtres et des foules loyalistes encombrent toutes les rues, cependant que, tranquillement, vous allez prendre un bonne chope et même beaucoup de bonnes chopes dans une brasserie recommandée en attendant que finisse--car tout a une fin--la plaisante aventure.