Cependant, les grosses difficultés semblent vaincues. Du pied du glacier aux quartiers d'hiver du sound Mac Murdo, il n'y a plus que 650 kilomètres, et sur toute cette distance, c'est la plaine de là Grande Barrière. Mais l'adversité s'est acharnée sur la malheureuse expédition. La température devient excessive; dans la journée le thermomètre oscille autour de 35° sous zéro et, la nuit, tombe à 43°! Avec cela, constamment un vent debout qui rend le froid encore plus âpre, et, à chaque instant, des blizzards et des chutes de neige. Dans de telles conditions, combien est épuisant le halage des traîneaux!
En même temps, la lenteur des progrès oblige à la diminution des rations; il importe avant tout de garder une quantité de vivres suffisante pour atteindre le dépôt le plus méridional, l'One Ton Camp, la cache contenant une tonne de conserves. C'est ainsi que plus la lutte devient pénible, plus la force de résistance des voyageurs diminue. Après un mois de marche, Scott se trouve encore à plus de 250 kilomètres de la station.
Sur ces entrefaites, le capitaine Oates, gravement «mordu» par la gelée aux pieds et aux mains, s'affaiblit de jour en jour; le malheureux se traîne plutôt qu'il ne marche. Malgré ses instantes prières, ses camarades refusent de l'abandonner, et, pour lui permettre de suivre, ralentissent leur allure, alors que chaque heure perdue diminue les chances de salut de la caravane entière.
Le 16 mars, la petite troupe se trouve retenue sous la tente par la tempête, lorsque Oates, à toute extrémité, parvient à se lever dans un suprême effort: «Je sors, et resterai dehors quelque temps», dit-il. Comprenant sa résolution, ses compagnons s'efforcent de le retenir; leurs supplications demeurent inutiles... et ce vaillant disparaît pour toujours dans l'ouragan blanc. «Oates, écrit Scott, avait coupé lui-même le lien d'affection qui conduisait ses amis à la mort.»
Après ce drame, les trois survivants lèvent immédiatement le camp et, en dépit de la tourmente, poursuivent leur marche désespérée. Encore un effort, le dépôt du 79° 30' n'est plus loin. Après cinq jours de fatigues surhumaines, ils vont toucher le but, lorsque, le 21 mars, à 20 kilomètres de la précieuse «cache» de vivres, un nouveau blizzard, plus terrible que les autres, fond sur les infortunés voyageurs. Leurs caissons de vivres sont presque vides, et toujours l'ouragan fait rage. C'est ainsi que, lentement, ces héroïques pionniers succombent les uns après les autres, aux tortures de la faim et du froid, gardant, jusque dans l'agonie, la plus admirable sérénité. Scott et ses trois compagnons sont morts en héros de Plutarque.
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La veuve et l'enfant du capitaine Scott. Photographie prise avant le départ de Mrs Scott, qui s'est embarquée le 4 janvier dernier pour aller au-devant de son mari, en Nouvelle-Zélande, et qui a appris la fatale nouvelle à Honolulu. |
Le capitaine Scott, avant son départ.--Phot. Russell and sons, Southsea. Défaillant, le chef de l'expédition trouve encore la force de tenir un journal et d'adresser au peuple anglais un suprême message, admirable de simplicité et de grandeur d'âme: |
«Nous sommes faibles, écrit Scott, nous pouvons à peine tenir la plume. Pour ma part, je ne regrette pas d'avoir entrepris cette expédition; elle montre l'endurance dont sont capables les Anglais, leur esprit de solidarité, et prouve qu'aujourd'hui ils savent regarder la mort avec autant de courage que jadis.
» Nous avons couru des risques; nous savions d'avance que nous les courrions.
» Les choses ont tourné contre nous, nous ne devons pas nous plaindre, mais nous incliner devant la décision de la Providence, décidés à faire de notre mieux jusqu'à la fin.
» Si, dans cette entreprise, nous avons volontairement donné nos vies, c'est pour l'honneur de notre pays. J'adresse donc un appel à mes compatriotes, et les prie de veiller à ce que ceux dont nous étions les soutiens dans la vie ne soient pas abandonnés.»