Dès les premiers jours de mars, l'escouade demeurée aux quartiers d'hiver s'était portée en avant au secours du chef de l'expédition. Malheureusement, le mauvais temps paralysa ses mouvements. Ce fut seulement six mois plus tard, en octobre dernier, au début du printemps austral, que les recherches purent être reprises; elles aboutirent à la découverte des cadavres des héroïques explorateurs et des carnets racontant leur effroyable agonie.

La catastrophe est due principalement à des conditions météorologiques adverses et au mauvais état de la neige qui en a été la conséquence. Alors que. sur la Grande Barrière, Amundsen n'a point éprouvé de grosses tempêtes et n'a essuyé que deux tourmentes dans les montagnes, Scott a été pour ainsi dire constamment enveloppé par des blizzards. Shackleton, lui aussi, fut assailli par de fréquents ouragans et rencontra de vastes espaces recouverts de neige molle. De plus, les nombreuses séries d'observations faites dans le sound Mac, Murdo par les trois expéditions anglaises qui y ont hiverné montrent la fréquence des ouragans dans cette région. Il est donc évident que la route anglaise vers le Pôle Sud, c'est-à-dire la partie occidentale de la Grande-Barrière située au pied des hautes montagnes de la terre Victoria, forme une sorte de trou du vent, au fond duquel tombent d'abondantes masses de neige. Au contraire, plus à l'est, au large de cette chaîne, la partie médiane de la Grande Barrière, qui a été parcourue par les Norvégiens, est une zone de calme relatif. De plus, les autorités en matière d'exploration polaire, Nansen, Shackleton, attribuent l'affaiblissement progressif de la caravane au scorbut. La terrible maladie avait visité l'expédition avant le départ pour le Pôle; un des membres de l'escouade du sud avait même été atteint. Il est donc permis de penser que, pendant la marche vers le Pôle, l'alimentation exclusive en conserves, jointe aux fatigues de la route, a déterminé une nouvelle éclosion traîtresse de la redoutable affection, dont les lents progrès ont mis les vaillants explorateurs hors d'état de résister aux intempéries et aux privations.

D'autre part, une des causes du désastre doit être cherchée dans l'absence d'animaux de trait au moment de l'assaut final. Tandis que des meutes bien entraînées enlevaient rapidement les traîneaux d'Amundsen, les Anglais durent haler à bras les leurs dans la pénible escalade des montagnes. Enfin, Scott et ses compagnons n'avaient point cette maîtrise du ski que possèdent les Norvégiens habitués dès l'enfance à l'emploi de ce patin. De là, la lenteur des étapes, qui a conduit à la mort ces héroïques explorateurs.
Charles Rabot.

Le château présidentiel et l'école militaire de Chapultepec, près de Mexico. Le château est la résidence habituelle du président Madero; les élèves de l'école militaire sont, selon les uns, à la tête de l'insurrection,--selon les autres, de la résistance.

LA GUERRE CIVILE AU MEXIQUE

M. Madero, qui, il y a bientôt deux ans, contraignait par la force M. Porfirio Diaz à abandonner le pouvoir, et que la révolution victorieuse portait alors à la présidence des États-Unis du Mexique, vient à son tour d'éprouver les hasards d'une sédition militaire, dirigée, cette fois, contre lui. Dimanche dernier, les partisans du général Félix Diaz, neveu de l'ancien président, entraînaient presque toutes les troupes de la garnison et, avec ce concours, délivraient leur chef, emprisonné depuis l'insuccès de sa précédente tentative insurrectionnelle. Après un violent combat entre les troupes fédérales et les rebelles, ceux-ci s'emparaient de l'arsenal, et le général Félix Diaz se proclamait lui-même président de la République.


Le président Madero.
--Phot. comm. par M. Adossidès

Le général Félix Diaz.
--Phot. comm. par M. Humblot.

En un pays où les questions de personnes sont seules en jeu, ce ne sont point des raisons politiques qu'il faut chercher à un tel mouvement. Depuis longtemps déjà, M. Madero avait à lutter contre les menées de nombreux adversaires. «Dès ses débuts, nous écrit M. N. C. Adossidès, qui est fort averti des origines de la crise actuelle pour avoir récemment séjourné au Mexique, le nouveau président fut l'objet de critiques acerbes; on alla jusqu'à affirmer qu'il s'était fait rembourser les frais occasionnés par la révolution. A vrai dire, les mécontents, ses anciens amis pour la plupart, se plaignaient surtout de n'avoir pas reçu un prix suffisant de leurs services, et si l'on voit aujourd'hui certains généraux, ses partisans d'autrefois, faire cause commune avec Félix Diaz, c'est que Madero dut résister énergiquement à leurs exigences exorbitantes.

» Pasqual Orozco et Zapata devinrent ainsi ses ennemis acharnés. Leur aide lui avait été indispensable pour conquérir le pouvoir, car, véritables chefs de bandes, ils avaient à leur disposition des hordes vite excitées par l'appât de riches butins. Le succès de Madero assuré, ils l'accusèrent de ne point tenir ses promesses, et reprirent les armes contre lui.