Le Makedonia coulé dans le port de Syra.
--Phot. Sven Risom.

C'est seulement pendant l'armistice conclu avec les Bulgares et les Serbes que la Turquie envoie sa flotte au combat.

Le 16 décembre, l'escadre turque quitte son mouillage de Nagara, sort des Dardanelles, et ouvre le feu à 12.000 mètres environ sur les bâtiments grecs qui se sont aussitôt portés à sa rencontre. Lorsque la distance est tombée à 7.000 mètres, ceux-ci ripostent, l'Averof, à qui sa grande vitesse donnera dans tous ces engagements le rôle principal, n'hésite pas à se séparer des siens et cherche à couper l'escadre turque du détroit. Cette manoeuvre provoque la retraite de la force ottomane qui rentre dans les Dardanelles. En réalité, elle n'a pas quitté la zone où la couvrent les canons des forteresses de l'entrée.

Cette escarmouche n'a duré que quelques minutes, l'Averof a un sous-officier tué, un officier (3) et 8 marins blessés; le Spetzai un blessé. A bord des bâtiments turcs il y a 14 tués et 57 hommes blessés. Le Barbarossa a reçu 7 projectiles dont un a traversé le pont cuirassé; le Messoudieh a été touché trois fois.

(3) Cet officier est mort de ses blessures.

Le Hamidieh à Port-Saïd.--Phot. Jean Auzias.

Le 22 décembre, le croiseur turc Medjidieh et quelques contre-torpilleurs apparaissent à l'entrée du détroit et viennent lancer quelques obus sur la ville de Tenedos. A l'apparition des fumées des navires grecs qui accourent de Lemnos à tonte vapeur, croiseur et torpilleurs se retirent.

Nous voici au 15 janvier. Par brume, toute l'escadre turque sort à 3 heures du matin. Le Hamidieh, dont les réparations sont terminées, est en tête. Mais le temps est très mauvais et le gros de l'armée rentre aussitôt dans le détroit. Le Hamidieh, qui semble avoir perdu le contact des autres navires et s'être égaré, continue sa route et atteint Syra où il découvre le paquebot grec Makedonia, armé de 3 canons de 75mm, en réparation. Il le canonne ainsi que quelques établissements de la ville. Le capitaine du Makedonia ouvre les prises d'eau et coule le bâtiment. Deux hommes sont tués à terre dans ce bombardement, qui cause en Grèce une vive émotion. De Syra, le Hamidieh se dirige sur Beyrouth et y mouille; mais, à la vue de navires de guerre apparus à l'horizon, il file ses chaînes, abandonne ses ancres et court à Suez, d'où, après avoir reçu la quantité de charbon, accordée par les règlements internationaux de neutralité, il franchit le canal et entre dans la mer Rouge. Là, il fait sans doute le plein de ses soutes; le 10 février il franchit de nouveau le canal, relâche à Malte, en repart le 16 février...

Dans la nuit du 17 au 18 janvier, le conseil des ministres ottomans décide de demander à la flotte un nouvel effort. Il s'agit sans doute de chercher un succès qui donnera aux plénipotentiaires de Londres une raison d'espérer des conditions de paix meilleures. Le croiseur Medjidieh et 4 contre-torpilleurs partent en avant et tentent d'entraîner la flotte grecque au large, ou tout au moins de diviser ses forces. C'est un plan ingénieux auquel, malheureusement, l'amiral Coundouriotis ne se prête pas. Il attend, pour se mettre en mouvement à 9 h. 15 le 18, d'avoir en vue, entre Lemnos et Tenedos, l'escadre turque composée des cuirassés Barbarossa, Torghout, Messoudieh, Assar-I-Tevfik, et de 8 contre-torpilleurs. Le combat s'engage à 8.000 mètres, à 11 h. 1/2, à 18 milles du cap Baba, au nord du canal de Mytilène, et prend aussitôt la même tournure qu'au 16 décembre.