----- Escadre turque. ---> Escadre grecque.
Le combat naval du 18 janvier.
Croquis de M. E. Labranche, correspondant
du Temps.
Après quelques coups de canon, les Turcs virent de bord et se dirigent sur Tenedos, poursuivis par l'escadre grecque, qui fait feu de toute son artillerie, à laquelle les canons de retraite seuls des navires ottomans peuvent répondre. A ce moment, vers midi 15, un grand désordre règne dans la ligne turque. Comme précédemment encore, l'Averof fonce sur l'ennemi et le canonne à bonne portée, 4.000 mètres. A 2 heures, les Turcs rentrent dans le détroit; l'Averof, qui est engagé dans la zone de feu des forts, se retire, et le combat prend fin à 2 h. 30.
Il a été fort vif, mais le tir de l'escadre turque n'a pas produit de résultats sérieux, l'Averof a reçu un seul obus à l'avant dans ses oeuvres mortes, et n'a eu qu'un blessé. Il a tiré plus de 700 projectiles de tous calibres. Le rapport officiel turc dit que des deux côtés les pertes en hommes ont été grandes. Ce n'est exact que pour un des adversaires; 50 projectiles environ ont frappé les navires turcs qui ont eu 47 tués et 160 blessés; un transport-hôpital a ramené ces derniers à Constantinople. Le Torghout paraît avoir eu, dans cette affaire, une tourelle mise hors de service.
Il faut noter que les canons grecs étaient incapables, à 4.000 mètres, de percer les blindages de flottaison des cuirassés turcs. Ceci explique qu'aucun de ces bâtiments n'ait été coulé,
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Messoudieh. Barbarossa. Torghout.
L'escadre turque rentrant dans les Dardanelles
après le combat du 18 janvier. Phot. Roubin.
En résumé, l'examen des faits ci-dessus rapportés fait ressortir sans doute possible que la flotte grecque a joué, dans la guerre balkanique, un rôle des plus actifs et des plus utiles. Elle a fait preuve de grandes qualités de manoeuvre et d'endurance. Les bâtiments, dont plusieurs de petit tonnage, sont restés sous les feux pendant plus de trois mois, dans des conditions très dures, et y sont encore, prêts à courir sus à l'ennemi dès qu'il se montrera, Finalement, cette flotte est restée maîtresse absolue d'une mer dont son ennemi avait un intérêt majeur à garder l'usage. Elle a rendu à ses alliés le plus signalé service en empêchant une grosse partie des contingents asiatiques de figurer dans les opérations décisives de la Thrace. Et par cette attitude résolue elle a peut-être changé le sort de la guerre.
Sauvaire Jourdan,
capitaine de frégate de réserve.