Il est admis qu'on manoeuvre à la guerre moins à coups de millions d'hommes qu'à coup d'unités stratégiques et tactiques; mais, encore, faut-il pouvoir disposer de ressources instruites pour combler les pertes de toute nature. Au surplus, l'effort allemand vise peut-être non seulement le renforcement de l'armée de première ligne, mais aussi la constitution de formations de réserve nombreuses et cohérentes. L'institution régente des 25 commandements de landwehr, les nombreux officiers actifs disponibles pour l'encadrement des troupes de deuxième ligne, 16 ou peut-être même 28 officiers par régiment d'infanterie, le nombre sans cesse accru des réservistes convoqués chaque année, passé de 456.398 en 1909 à 554.561 en 1912, sont assez significatifs à cet égard. Veillons donc à ne pas nous laisser distancer dans cet emploi intégral des réserves, où, de leur propre aveu, les Allemands restent encore bien loin en arrière de nous.

Enfin, si l'on admet que la valeur offensive de l'armée active mobilisée dépend de la proportion plus ou moins grande de réservistes, tout incite à accroître l'effectif de paix; c'est aussi bien améliorer les formations de premier choc que celles dites de deuxième ligne.

MESURES ENVISAGÉES EN FRANCE POUR RÉTABLIR L'ÉQUILIBRE DES FORCES

Afin de maintenir notre armée à hauteur de ces nouvelles exigences imposées par l'Allemagne, diverses mesures ont été envisagées.

Il a paru d'abord indispensable de rendre au service armé les militaires actuellement employés dans les services administratifs; ce ne serait qu'un bénéfice insignifiant de 7.000 à 8.000 hommes. On espère également voir se développer le courant des engagements et des rengagements; malheureusement, une régression très sensible s'est manifestée depuis deux ou trois ans sous ce rapport et, à moins

de sacrifices budgétaires importants, il est probable que les espoirs ne seraient guère réalisés. Au contraire, l'extension du recrutement indigène dans notre Afrique du Nord paraît devoir donner de meilleurs résultats.

Cependant, ces diverses mesures risqueraient d'être insuffisantes pour contre-balancer l'augmentation de la puissance allemande; aussi, a-t-on songé à rétablir le service de trois ans ou à porter à trente mois la durée du service actif pour toutes les armes. Bien entendu, pour qu'il y ait avantage, l'incorporation devrait être avancée d'une année--appel à vingt ans au lieu de vingt et un ans--sans quoi, les effectifs de paix seraient bien modifiés, mais non les effectifs mobilisables.

Le tableau n° 1 donne les ressources mobilisables dans ces diverses combinaisons, en les comparant à celles de l'Allemagne.

II.--Proportion de réservistes dans les UNITÉS MOBILISÉES