Avec le service de trois ans, notre armée active serait accrue d'environ 210.000 hommes, ce qui nécessiterait chaque année plus de 200 millions de dépenses nouvelles. Le service de trente mois réduirait les sacrifices budgétaires de près de moitié. L'un et l'autre système auraient l'avantage d'assurer en permanence la présence sous les drapeaux de deux classes instruites, alors qu'actuellement, chaque hiver, comme les Allemands d'ailleurs, nous ne pouvons disposer que d'une seule classe instruite immédiatement mobilisable.
Il peut être intéressant de voir, dans ces conditions, quelle serait la composition probable des unités mobilisées en France et en Allemagne,--c'est ce que représente le tableau n° 2.
De ce que les Allemands ont besoin actuellement de moins de réservistes que nous pour compléter leurs effectifs de guerre, il serait inexact de croire qu'il puisse en résulter une plus grande rapidité pour leur mobilisation. Il faudra à peu près autant de temps pour habiller, équiper, armer 110 réservistes que 140; la réquisition des animaux de trait, la perception des équipages, des approvisionnements de toute nature n'en seront pas accélérées.
Si le chiffre de notre population et notre faible natalité ne nous permettent pas de lutter avec l'Allemagne par le nombre, il est du moins certains facteurs du succès qu'il ne nous est pas permis de négliger: nos ressources financières, comme le bon renom de notre industrie, nous permettent toutes les espérances. Si l'Allemagne pousse fébrilement l'exploitation intensive des moyens techniques que la science de l'ingénieur met à la disposition des armées modernes, nous nous devons de ne pas nous laisser distancer sous ce rapport. Le perfectionnement de l'armement, l'amélioration des places fortes, la constitution de fortes réserves de munitions pour ces insatiables consommateurs que sont les engins à tir rapide, doivent être l'objet de nos premières préoccupations. La constitution d'une artillerie lourde, la construction de grands croiseurs aériens, de leurs abris, le maintien de notre supériorité incontestée en aviation, doivent également retenir toute notre attention; les sacrifices nécessaires ne seront jamais marchandés.
Mais les nombreux bataillons, les armes perfectionnées ne sont que peu de chose sans les sentiments qui animent les combattants. La France, qui a repris conscience de sa force et de sa dignité, possède là, peut-être, le meilleur secret de la victoire.
Commandant Le Dualis.
DEUX MODES, DEUX ÉCOLES
Un modèle bien français dessiné par un artiste pour un grand couturier:
la robe «fleur de lys» de Willette.
D'après un dessin original communiqué par la maison Bulloz.
Comme l'hiver finissant distribue ses dernières rigueurs, laissant déjà, par échappées de soleil et aperçus de ciels bleus, prévoir les beaux jours prochains, il y a en ce moment, suivant l'usage, fort grande animation dans le monde de la couture. C'est l'époque de l'année où la Mode, prise de lassitude pour ce que, quelques mois auparavant, elle avait prôné, s'inquiète, se cherche, et se met en quête d'inédit. Le printemps dût-il être d'une inclémence cruelle, le bon ton, d'accord avec le calendrier, exige qu'il commence en mars, et que, dès lors, les vêtements portés aux frimas aillent tout aussitôt rejoindre les vieilles lunes. La jupe-culotte, d'incertaine mémoire, fit son apparition, naguère, en un mois de février, et sa première sortie, très remarquée, coïncida, on s'en souvient, avec la rentrée d'Auteuil. Cette saison, encore, la Mode, dit-on, nous réserve des surprises: une lutte courtoise, mais passionnée, se préparerait entre divers maîtres de l'élégance, séparés par leurs goûts et leurs méthodes. Deux écoles rivales se disputeraient, avec des tendances opposées, l'honneur d'habiller, et d'embellir, la Parisienne.
La nouvelle de cette petite guerre, qui éclatera demain, s'est déjà propagée sous le manteau, si l'on peut dire. Mais les femmes, qui sont pourtant particulièrement intéressées dans l'aventure, n'en ont guère, jusqu'à présent, été averties. C'est une tradition constante, irrévocable, doit-on penser, qu'elles ne sont jamais préalablement consultées en ces sortes d'affaires. Elles n'ont pas voix au chapitre. Elles subissent des arrêts impérieux, sans s'être fait entendre. Fénelon, qui, en son Éducation des filles, a dit, sur ce sujet, des choses fort sensées, et que l'on s'excuse presque de citer ici, se plaignait autrefois de leur trop grande influence: «Il n'y a d'ordinaire que caprices dans les modes, écrivait-il. Les femmes sont en possession de décider. Il n'y a qu'elles qu'on veuille en croire. Ainsi les esprits les plus légers et les moins instruits entraînent les autres...» Ces reproches ne sauraient, de notre temps, leur être adressés. Les dociles créatures ne sont, en aucune façon, responsables des variations de leurs toilettes. La réelle innovation, l'originalité véritable, consisterait sans doute à réunir quelques-unes d'entre elles, et des plus autorisées, avant de lancer une mode, et de leur demander leur avis. On n'y songe point, pour l'instant.