A L'HOTEL DE VILLE

De l'Elysée à l'Hôtel de Ville, la foule, plus dense encore, est imposante et formidable. Les Champs-Elysée, la place de la Concorde, les terrasses des Tuileries où ont pris place, avec leurs drapeaux ou bannières, les sociétés de préparation militaire, de vétérans, de médaillés de 1870, sont noirs de monde; de toutes les fenêtres, de tous les balcons de la rue de Rivoli, pleuvent, sur le cortège, des bouquets de violettes. Sur le parvis de l'Hôtel de Ville attend, facilement maintenue, d'ailleurs, par un service d'ordre courtois et bien dirigé, une masse compacte et vibrante.

Second jour de présidence: M. Poincaré visite l'hôpital
Saint-Antoine. En silhouette, au premier plan, M. Lépine,
préfet de police.

Dans la cour d'honneur du monument municipal, transformée en jardin d'hiver, les personnalités officielles, Sénat, Chambre, Cour de cassation, attendent M. Raymond Poincaré. Le maître de la maison, M. Henri Galli, président du Conseil municipal, va de l'un à l'autre, accueillant et grave. Cuirassé d'argent, magnifique et bronzé, M. Delanney, préfet de la Seine, domine les groupes de sa haute taille.

Mais il est près de 4 heures. Chacun prend sa place, et voici, au premier rang, le profil aux arêtes coupantes, le visage en ivoire luisant et teinté, de M. Antonin Dubost. Voici tout auprès la silhouette élégante de M. Paul Deschanel, qui, malgré des fils de neige dans les cheveux et la moustache courte, conserve une sveltesse de jeune sous-préfet; et voici, après les deux présidents de Chambre, une figure connue et toujours sympathique, la physionomie blanche, fine, souriante, de M. Émile Loubet, qui est là, lui aussi, seul avec le grand cordon rouge des chefs d'État.

L'adjudant de sapeurs-pompiers Lemaire,
blessé au feu avec onze de ses hommes et
qui a reçu, à l'hôpital Saint-Martin,
la première visite de M. le président
Poincaré.
--Phot. Rodrick.

4 heures! Une sonnerie de trompette. Une acclamation gigantesque au dehors. Ce sont les présidents. Le cortège fait son entrée, précédé des huissiers en argent et du protocole en or. M. Fallières conduit M. Poincaré, un peu pâle, très grave, très recueilli, avec sur son visage le reflet d'une profonde émotion intérieure, autour du salon, devant les personnalités et les groupes qui s'inclinent. De brefs discours de bienvenue, une réponse en termes heureux, sont échangés. Tous les présidents signent sur une feuille de parchemin enluminée qui prendra place dans le Livre d'or de l'Hôtel de Ville. Puis l'on se dirige en cortège dans les salons où sont massés les invités du Conseil municipal... Alors, dominant les applaudissements et les vivats, chantée superbement par les choeurs du Conservatoire qu'accompagne la musique de la garde républicaine, s'élève, grandiose, vibrante, la Marseillaise, qui nous étreint tous à cette minute, et qui nous paraît toute neuve et toute jeune...

DÉBUTS DE PRÉSIDENCE