Villa, très calme, alluma une cigarette, puis tira de sa gaine son revolver et le posa sur la table.
--Très bien, Monsieur. Veuillez me remettre cette somme, dont j'ai besoin,--muy pronto (très vite).
Le dragon qui gardait ici les pommes d'or ne se fit pas répéter deux fois cette injonction. Il osa toutefois solliciter son courtois visiteur de lui donner, en échange de ses fonds, un reçu au nom du gouvernement fédéral.
Villa dédaigna même de discuter et, saisissant la plume et le papier qu'on lui tendait, il écrivit:
«J'ai reçu du Banco Minero de Parral la somme de 50.000 pesos, laquelle, étant butin de guerre, ne sera pas remboursée par les autorités fédérales.» Pancho Villa.»
Le caissier voulut protester, pour la forme, sans doute, mais Villa l'interrompit:
--Votre banque a placé un emprunt en faveur de la révolution d'Orozco, et trop longtemps vous avez fourni de l'argent au Nord. Pour changer, donnez-en maintenant un peu au Midi.
Et, empochant les bank-notes, il pivota en saluant l'homme ahuri d'un aimable: Mucho gracias, senor!
Pancho Villa, manifestement, se complaisait au récit de cet exploit. Il niait, toutefois, l'avoir renouvelé au détriment de certaines autres maisons de commerce de Parral. Mais un officier de l'armée fédérale, un de ses frères d'armes, par conséquent, m'a affirmé que sa fructueuse promenade ne s'arrêta pas là, et que, dans la même matinée, il visita maints autres caissiers non moins timides. Il aurait rapporté de cette tournée, selon le bruit public, 186.000 pesos (465.000 francs), il en aurait versé au gouvernement de Madero 136.000, gardant pour lui la différence. Mais allez donc vérifier ces choses, en ce pays!
Toujours est-il que Francisco Madero, appréciant à sa valeur un auxiliaire aussi actif, récompensa comme j'ai dit tant d'éminents services: Pancho Villa fut promu général,--et, qui mieux est, général des rurales, de la bonne gendarmerie de campagne qui l'avait naguère traqué d'un si beau zèle. Et voilà, au moins, un chef qui doit connaître et estimer ses troupes. Ainsi Vidocq, jadis, devint policier après avoir été escarpe.