Et maintenant, Pancho Villa peut bien abriter derrière de faux semblants de foi politique, de patriotisme, ses instincts de pillard, sa mauvaise foi de forban. Nous ne pouvons guère être dupes. Le jour où il fit alliance avec Madero, il caressait le rêve d'effacer par des services de guerre civile tout un passé fort regrettable à la vérité. Et si, en ces derniers jours, il est demeuré avec le gouvernement du défunt président, c'est bien moins par souci de demeurer fidèle à ses amitiés que dans l'espoir de trouver une occasion de se venger d'Orozco, dont il jalousait les lauriers conquis au cours de la précédente révolution, et qui luttait dans le camp adverse. Que s'il eût combattu avec celui-ci, il eût été éclipsé, réduit à un rôle de comparse. En face de lui, il lui demeurait possible de faire figure. Et puis... et puis il y a encore la question d'argent. Et de quel côté manipulait-on le plus facilement des fonds?...

Enfin, jusqu'à présent, les amis de Francisco Madero semblent avoir perdu la partie, et Pancho Villa aurait joué là un jeu de dupe. Mais qui sait?

La famille des Madero est nombreuse, riche. Pourquoi ne déclarerait-elle pas la guerre,--la vendetta, pour être plus exact, au général Victoriano Huerta, le vainqueur du moment? Raoul Madero a deux de ses frères à venger, et il se peut que, quelque jour prochain, nous revoyions Pancho Villa dans un des rôles de premier plan, le jour où recommencera la lutte. Du moins saurons-nous quelle étrange aventurier se déguise et se masque ainsi en héros.
N.-C. Adossidès.

LES BLANCS FANTOMES DE L'HIVER EN FINLANDE
Avec ordre, avec méthode, sans tourbillons ni caprices, les flocons sont descendus tout droit du ciel sur la terre et demeurent là où ils se sont posés. Bientôt ils ont tout recouvert et tout fléchit sous leur poids. Les branches des grands sapins pendent, engourdies. Les jeunes arbres, plus flexibles, sommeillent, tout entiers enveloppés d'hermine. En haut, en bas, partout, la neige! De tous côtés, des formes bizarres de grands fantômes qui paraissent dormir debout dans leurs linceuls et parmi lesquels passent, lilliputiennes, découpées en noir sur le tapis ouaté, les silhouettes, seules vivantes, d'un homme et d'un traîneau. Un lourd fardeau de mort pèse sur les lois de la lande. La nature, appesantie sous sa couverture blanche est assoupie pour la nuit d'hiver. Photographie Jean Bouchot.

L'EFFORT SUPRÊME DE LA DÉFENSE, DANS LE PROCÈS DES BANDITS ANARCHISTES.--Me de Moro-Giafferi plaidant pour Dieudonné.
Croquis d'audience de Paul Renouard.

Le procès, désormais fameux, des bandits anarchistes qui, après une instruction géante de onze mois, a nécessité vingt-trois audiences, s'est achevé jeudi matin, où, à 4 heures, les jurés, qui avaient à répondre à 383 questions, ont fait connaître leur verdict.

En son réquisitoire énergique, solide, et redoutablement documenté, M. le procureur général Fabre avait, au nom de la société, demandé six têtes, celles de Dieudonné, de Callemin, de Soudy, de Monier dit Simentof, de Carouy et de Medge. Il ne s'opposait pas à l'admission des circonstances atténuantes en ce qui concernait Gauzy. Après le chef du parquet, qui s'était réservé de requérir contre les grands coupables, M. l'avocat général Bloch-Laroque s'était chargé de demander pour les comparses, les treize seconds rôles aux inculpations variées, le maximum des pénalités encourues, c'est-à-dire les travaux forcés ou, pour le moins, la réclusion.

... Alors, successivement, se levèrent les quatorze avocats de la défense. La tâche était ingrate et formidable. Elle se poursuivit avec courage et méthode pendant trois jours. La défense fut souvent habile et souvent brillante, au point de fréquemment impressionner l'auditoire. Et ce fut vrai surtout lorsque Me de Moro-Giafferi, plaidant pour Dieudonné, avec son éloquence ardente, impétueuse--dont on a dit qu'elle avait les beautés et les vertus mais aussi les colères et les maléfices de torrent qui emporte tout--souleva à diverses reprises l'émotion générale par la spontanéité de ses mouvements oratoires soutenus par la flamme de son regard, la violence passionnée de son verbe et l'élan irrésistible de son geste.