M. Thureau-Dangin était âgé de soixante-seize ans. C'est une belle et digne figure qui disparaît au milieu du respect attristé de tous ceux qui l'approchèrent. Son oeuvre, considérable, est celle d'un monarchiste et d'un catholique. Son érudition, très vaste, était servie par une sévère méthode et un style précis.

D'abord, il s'était révélé comme publiciste militant. Il avait renoncé à ses fonctions d'auditeur au Conseil d'État pour faire dans le Correspondant et le Français--qui eut aussi pour collaborateurs Mgr Dupanloup et, plus tard, Mgr Delagrange--de la politique catholique et monarchiste libérale. Deux intéressantes études sur la Restauration: Royalistes et Républicains (1874) et le Parti libéral sous la Restauration (1876), furent les débuts de sa carrière d'historien. Mais il se fit définitivement et universellement connaître par sa grande histoire en sept volumes de la Monarchie de Juillet (1884-1892), d'une grande richesse d'information, et qui, après avoir valu à son auteur le grand prix Gobert à l'Académie française, motiva son admission, en 1893, dans cette compagnie.

En 1897, commença la publication du second très important ouvrage de M. Thureau-Dangin: l'Histoire de la Renaissance catholique en Angleterre, au dix-neuvième siècle, achevé seulement en 1906, ouvrage qui résume la pensée dominante des dernières années de ce catholique fervent et auquel fut ajouté un Newman catholique, recueil, très soigneusement élaboré, des lettres et des notes de Newman, publiées à Londres par M. Wilfrid Ward.

La mort de M. Thureau-Dangin a causé à l'Institut une émotion profonde, et la jeune littérature ne doit pas oublier que c'est à l'initiative de ce consciencieux et de ce bienveillant qu'est due la création du prix de 10.000 francs réservé aux oeuvres d'un ordre élevé.

«M. Thureau-Dangin, a dit excellemment, dans le Figaro, M. André Beaunier, avait un peu la figure et l'air de ces personnages qui, dans les anciens tableaux religieux, se tiennent à quelque distance du saint miraculeux ou patient et l'accompagnent d'une humble ferveur.»

Le portrait que nous reproduisons ci-contre exprime toute la bonté, toute la clarté douce et la dignité gracieuse du visage disparu.

Guillaume II. Phot. Y. Zelir, comm. par L. Wende.
L'empereur d'Allemagne inspectant ses établissements agricoles, à Cadinen.

LE SEIGLE DE L'EMPEREUR