J'apprends, à mon retour, les dernières nouvelles des opérations à Gallipoli. La situation ne s'est pas modifiée depuis le 8 à Boulaïr. Mais à cette date les Turcs ont subi un gros échec lors de leur tentative de débarquement à Charkeui; c'est ce qu'avaient bien vu les marins italiens des vaisseaux de guerre en franchissant les Dardanelles. Les Turcs avaient voulu combiner une offensive en dehors des lignes de Boulaïr et un débarquement à Charkeui; tous deux ont échoué. Officiellement on avoue 1.200 morts, officieusement 3.000, les Bulgares disent 6.000. A Tchataldja, il n'y a eu que quelques escarmouches à Akalan et à Kalfakeui, avec quelques douzaines de morts de côté et d'autre.
Une mosquée incendiée par les Bulgares, à
Tchataldja.
Khalil bey, qui commandait en Tripolitaine devant Homs, a pris la direction d'un régiment de volontaires et bataille avec les Bulgares entre Bogados et Silivri.
C'était le 10e corps (Hourchid pacha et Enver bey) qui devait être employé aux débarquements. La 30e division, qui était à Kartal sur la Marmara, aurait été transportée en partie à Chilé sur la mer Noire. La 31e division aurait en partie quitté Ismidt; il resterait à Panderma deux divisions, celle de Siwas et celle de Karpout; et la division de cavalerie kurde et arabe est toujours immobile à Seutari.
Je crois que l'idée de débarquements partiels à Rodosto, Silivri, Eregli, a été abandonnée, et que toutes les troupes disponibles ont été envoyées à Gallipoli où l'on craint un débarquement des Grecs à revers des positions turques et où l'attaque des Bulgares se fait pressante. Il y avait devant Gallipoli, il y a trois jours, 20 grands transports et 19 petits.
... Après deux jours passés ici, comme le temps s'est remis au beau et au froid, je repars cette nuit pour Tchataldja.
Georges Rémond.
LES LIVRES & LES ÉCRIVAINS
Littérature militaire.
Le général Maitrot a réuni les articles qu'il publia en 1911 et 1912 dans le Correspondant en un volume intitulé Nos Frontières de l'Est et du Nord (Berger-Levrault, 3 fr. 50), où il étudie la physionomie probable d'une attaque allemande et les questions qui s'y rattachent: neutralité de la Belgique et de la Suisse, troupes de couverture, etc. On a plaisir à voir le général Maitrot, qui a accompli toute sa carrière au 6e corps, dont il a été pendant plusieurs années le chef d'état-major, se dégager des réticences et des sous-entendus dont la plupart des écrivains s'embarrassent lorsqu'ils discutent les éventualités d'une guerre future; il aborde le problème de front, sans optimisme de commande et sans noyer les données dans le vague. Exposition nette, discussion serrée, conclusions logiques. Celles-ci sont souvent assez peu réconfortantes, du moins sur certains points. Ce n'est pas sans inquiétude, j'allais dire sans angoisse, qu'on lit la description vivante de l'invasion de la Woëvre par les unités de couverture du XVIe corps allemand, passant presque sans opposition au nord et au sud de Verdun pour détruire la ligne ferrée Mézières-Commercy, où s'effectuera notre concentration.