On n'ajoute guère foi à cette version. Il est plus probable que les deux malheureux ont été tués par les officiers chargés de leur garde. Et l'on soupçonne fort aussi l'agression prétendue d'avoir été simulée afin qu'on pût appliquer aux prisonniers ce qu'on appelle là-bas, la ley de fuga, la loi de fuite.
Quoi qu'il en soit, c'est le général Huerta qui a pris la présidence provisoire, et le général Félix Diaz semble avoir été proprement joué. D'autre part, Zapata et ses partisans continueraient la lutte dans les provinces du Sud. Un autre président, M. Francisco Gomez, aurait été proclamé dans le Nord...
Mais il est bien difficile de se reconnaître au milieu de l'amas des nouvelles contradictoires. Plutôt que de nous y risquer, il nous semble préférable de donner ici le portrait d'un des «héros» de l'anarchie mexicaine. Cette curieuse silhouette, campée par l'ancien correspondant de l'un des grands journaux californiens, qui suivit, il y a quelques mois, les péripéties de la lutte entre les «maderistes», alors triomphants, et les «orozquistes», partisans de Diaz, aidera peut-être à comprendre mieux que ne pourraient faire tous les commentaires les hommes de là-bas et les événements qu'ils conduisent:
Ce fut dans une petite ville minière de l'État de Durango, à Mapimi, que je fis la connaissance du «général» Pancho Villa.
Déjà, comme à présent, mi-guerrier, mi-bandit, chef de partisans et détrousseur de grands chemins, il n'arborait encore que le grade de colonel. C'était au temps de la dernière révolution,--je veux dire de la précédente, celle qui aboutit à l'échec et à l'incarcération à Mexico du triomphateur d'aujourd'hui, Félix Diaz.
Les forces «fédérales» s'étaient concentrées à Mapimi, dans un pays montagneux, merveilleusement propre aux embuscades de la guérilla. Elles n'attendaient, pour se mettre en campagne, que l'arrivée de renforts, du «régiment» qu'allait leur amener Pancho Villa. Après quoi, elles s'aventureraient à travers le désert septentrional, à la rencontre de l'armée d'Orozco qui, elle-même, se dirigeait vers le Sud, cherchant, pour leur livrer bataille, les troupes de Francisco Madero, acharné à la conquête du pouvoir qui vient de lui être si brutalement enlevé.
L'état-major fédéral, parmi lequel se trouvait le colonel Raoul Madero, le frère cadet du nouveau président, grand admirateur de Villa, n'était pas sans alarmes touchant le sort de celui-ci.
Quelques jours auparavant, en effet, Pancho Villa s'était, par un audacieux coup de force, emparé de la ville de Parral. Mais le bruit s'était répandu que bien vite les troupes gouvernementales avaient pris sur lui une éclatante revanche, et que sa colonne, lui en tête, avait été exterminée. La nouvelle inquiétait particulièrement Raoul Madero, navré à la pensée d'avoir perdu un ami qu'il aimait fort et, de plus, un précieux auxiliaire de son frère Francisco.
Orozco.