Pancho Villa était né dans l'État même de Durango, il y avait, quand je le rencontrai, trente-trois ans. Ses parents possédaient une petite ferme, un rancho, avec un troupeau dont les soins lui furent en partie confiés. Il grandit librement, menant la vie active et saine du paysan de ces pays de lutte, qui durcit les muscles et trempe la volonté. Ce fut un intrépide batteur de plaine.
Son père mourut, et il dut assumer la charge de diriger le rancho où il demeurait seul avec sa mère et une jeune soeur. Il dépeignait celle-ci comme une jolie fille aux yeux noirs, au tempérament ardent, vaine, un peu, de sa beauté, et encline à la coquetterie. De beaux garçons la remarquèrent, et même elle attira l'attention d'un des magistrats du district. Un beau jour, elle disparut, enlevée... avant le sacrement.
Pancho ne chercha pas loin: le magistrat avait, du même coup, abandonné son poste.
Le frère décida qu'une telle insulte ne pouvait être lavée que dans le sang. Il jeta sur son dos sa bonne carabine, enfourcha un cheval, et, emmenant avec lui un prêtre de ses amis, il se mit à la poursuite des fugitifs. Il les rejoignit bientôt.
Sur son ordre, le prêtre qui l'accompagnait célébra sans délai leur mariage. Après quoi, Pancho ordonna au jeune marié de rédiger lui-même son propre acte de décès. Il n'y eut pas à discuter. Et quand ce fut fait, que tout fut dans les formes, d'une balle il abattit son nouveau frère. Le prêtre dit, sur la tombe ouverte en hâte, les prières des morts, puis on remonta en selle et l'on retourna au rancho.
De telles tragédies, au Mexique, ne sont pas rares. Elles n'ont pas toujours de sanctions légales. Mais la disparition du magistrat ne pouvait passer sans attirer l'attention des rurales, les gendarmes chargés de la police des campagnes. Une enquête fut ouverte, qui aboutit à l'ordre d'arrestation de Pancho Villa. Ce fut pour le maréchal des logis qui s'en chargea une malheureuse mission: un coup de fusil le tua net.
Comment circulent les trains, en pays insurgé, au
Mexique: sur le toit des wagons, des soldats sont postés, prêts à
riposter à la première attaque. Phot. A. Hauff.
Après quoi, chargé de ce second meurtre, Villa s'en fut dans les montagnes.
Il y vécut quinze ans, suivi toujours de deux fidèles cowboys, se dérobant à toutes les recherches, échappant à toutes les embuscades. En vain, sa tête avait été mise à prix à 20.000 pesos (50.000 francs). Les Sierras de Durango et de Chiahua lui furent de sûrs asiles. Il y vécut de brigandage, pillant les fermes, razziant les troupeaux, détroussant à main armée les voyageurs quand l'occasion s'en présentait.