Bref, à force de gagner, de-ci de-là, quelques secondes sur les gestes de son homme, M. Taylor arrive à obtenir, en un même laps de temps, un travail double et parfois triple qu'auparavant; et cela avec la simple assistance d'un chronométreur, chargé de «minuter» les moindres gestes de ceux qui travaillent.
Voilà donc en quoi consiste le système Taylor. Mais ce n'est point, quoiqu'on ait semblé le dire, exactement celui qui a été appliqué aux usines Renault. Il ne fallait point songer, en effet, à obliger des ouvriers français à se plier à une précision de gestes qui eussent répugné à leur caractère indépendant. Le système qui fut employé à Billancourt devint alors le suivant.
Admettons qu'il soit question de fabriquer un moyeu de roue. Le bureau des plans dessine la pièce. Le service du chronométrage s'empare des dessins, étudie la forme des outils qui seront nécessaires pour exécuter le mieux et le plus rapidement possible l'objet. Un ingénieur porte le morceau de métal sur la machine-outil, regarde sa montre. Le travail fini, il voit ce qu'il a mis de temps à usiner le moyeu. Au besoin, il recommence plusieurs fois, toujours avec l'idée de faire mieux et plus vite.
Cette étude achevée, le bureau établit le prix de revient de la pièce, fixe un chiffre, qu'il majore de 20% pour tenir compte des différences possibles résultant de l'habileté professionnelle de celui qui reproduira ultérieurement le modèle établi. Le contremaître compétent est alors appelé, à charge par lui d'exécuter strictement, et au prix fixé, l'objet désigné. Et, en dernier ressort, l'ouvrier recevra la mission de réaliser le moyeu dont les plans et le prix de revient auront été ainsi préalablement déterminés.
On voit qu'il n'y a là rien qui ressemble au système américain. L'ouvrier n'est pas bridé dans son effort: tout ce que lui est demandé, c'est d'effectuer un travail donné dans un délai donné. De cette manière, telle pièce qui revenait jadis à 3 francs, par exemple, arrive à ne plus coûter aujourd'hui que 50 centimes. Et, par contre, l'ouvrier dont l'effort est plus soutenu, reçoit un salaire plus élevé, qui peut atteindre 40% de son taux primitif.
Que doit-on penser de cette méthode nouvelle? Il est bien difficile de le dire exactement. Il semblerait que la grève qui a éclaté dernièrement, et dont le ohronométre était la cause, soit un argument décisif contre ce procédé; mais, d'autre part, ses partisans font valoir qu'en Amérique les ouvriers qui l'ont accepté dans un très grand nombre d'usines sont plus heureux que les nôtres, travaillant moins longtemps, gagnant davantage et ayant plus de loisirs.
P. H.
DOCUMENTS et INFORMATIONS
Luttes d'influence en Orient.
La guerre turco-balkanique a mis en présence, avec les forces opposées, deux influences extérieures aux belligérants: d'un côté l'influence allemande, prépondérante en Turquie, de l'autre l'influence française qui a joué, chez les alliés, un grand rôle.
Los hostilités terminées, ces luttes de «rayonnement» vont s'accentuer encore entre nos voisins et nous,--plus exactement entre nous et la triplice, car l'Italie ni l'Autriche ne sauraient s'en désintéresser.