Or, l'une des oeuvres françaises qui ont accompli, en Orient; notamment, la meilleure besogne, l'Alliance française, se plaint que les ressources dont elle dispose ne lui permettent pas d'accomplir, là-bas, tout ce qu'elle voudrait.
A son récent banquet--auquel assistait, bien qu'il n'eût pas encore, à ce moment, pris possession de ses hautes fonctions, M. Poincaré--M. Jonnart, ministre des Affaires étrangères, faisait appel au zèle, au dévouement de l'Alliance pour l'aider «à travailler à la sauvegarde des intérêts et des droits de la France». Certes, le bon vouloir, l'ardeur même de l'Alliance française ne sauraient être mis en doute; mais, comme le tait remarquer son président M. P. Foncin, «elle ne peut agir que si elle est en mesure de compter sur les sympathies actives du public français». Or, ses ressources ne se développent pas proportionnellement à ses efforts, pour mener à bien la tâche qu'elle assume.
Sans doute, elle vient de fonder avec succès à Brinn (Autriche), où les rivalités d'influence sont ardentes, où la population est très variée, un comité nouveau qui, dès le premier jour, a obtenu un gros succès. Mais, dans l'Orient proprement dit, son oeuvre traverse une crise redoutable. «Plus que jamais, écrit de Constantinople un de ses membres, notre Comité a besoin d'être soutenu. Les Allemands redoublent d'efforts en Asie Mineure, en Arménie... Et, précisément, cette année, nos ressources sont des plus restreintes... Nous allons être forcés de réduire toutes nos subventions, et même d'en supprimer quelques-unes.» D'autre part, le P. Katchadourian, directeur des écoles arméniennes de Mamouret el Aziz, s'inquiète des progrès des orphelinats allemands, qu'une quête fructueuse en Allemagne, en Angleterre, en Amérique, vient de mettre en possession de ressources énormes.
Il serait souhaitable que l'opinion française entendît ces plaintes,--cet appel, et tendît à ces pionniers de notre influence «une main secourable», selon le mot du P. Katchadourian.
Une serviette historique.
Nous reproduisions récemment (numéro du 21 décembre 1912) un tableau satirique du dix-septième siècle auquel les conférences de Londres donnaient un intérêt actuel: il représentait l'Homme malade--entendez le Turc,--soigné par des médecins de toutes nations réunis à son chevet. Au moment où la guerre se poursuit en Thrace, le document que nous publions ci-dessous rappelle à propos que la lutte de la Croix contre le Croissant n'offre point aux historiens un thème nouveau.
La serviette brodée dont notre photographie montre fidèlement les dessins fut donnée, avec un service de table complet, au prince Eugène, après sa victoire sur le? Turcs à Belgrade, en 1717. En ce temps-là, c'était l'empereur d'Autriche qui guerroyait avec le sultan; et Belgrade était le prix de la lutte, comme aujourd'hui Andrinople. Les épisodes de la campagne, qui se termina par la paix de Passarovitz (1718), sont naïvement évoqués sur cette curieuse serviette: en dessous des armes du prince Eugène de Savoie, soutenues par deux lions, l'aigle autrichien dévore le croissant--aquila dévorat lunam, dit la légende;--au milieu figure le prince Eugène lui-même, à cheval, entre deux Turcs implorant la clémence du vainqueur; en bas c'est, autour de Belgrade assiégée, un combat entre cavaliers, où l'épée chrétienne l'emporte sur le cimeterre.
La lutte séculaire de la Croix contre le Croissant.
--La prise de Belgrade par les troupes autrichiennes du prince Eugène,
en 1717, figurée sur une serviette de table.
Mme Vanderbroucque Grardel, à qui nous devons la communication de ce document, nous a dit tenir la précieuse serviette de son père, fils d'un industriel, Alexandre Grardel, maire de Bapaume et aide de camp du général Oudinot en 1813, qui avait épousé une petite-fille d'Augustine de Tende; celle-ci l'avait reçue de son père, Jean-Baptiste-Louis de Tende, écuyer et avocat au conseil d'Artois, proche parent de la famille de Savoie-Carignan.