Les contrastes de Pékin: l'antique chaise à porteurs et la «reine bicyclette».

UN MOIS A PÉKIN

VI.--LE PROGRÈS CONTRE LE PASSÉ

20 juin.

Je vous ai déjà dit que les chaises à porteurs avaient presque complètement disparu de Pékin. J'en ai pourtant rencontré ces jours-ci une, bien amusante, et très ancien régime. Portée par deux mules, elle longeait paisiblement la muraille de la ville impériale par-dessus laquelle un pavillon en ruines dressait, au milieu de la verdure, son toit aux tuiles d'or mélangées d'herbes folles. Un serviteur à pied menait par la bride la mule de tête tandis qu'un autre, à cheval, fermait la marche. Le propriétaire, qui devait être quelque rural aisé des environs, accroupi dans l'étroite caisse, fumait sa pipe, très dignement.

Rien d'européen dans ce coin désert, pas un poteau télégraphique en vue; on aurait pu se croire dans le Pékin du temps de Kang Hi.

Comme je m'extasiais, un cycliste en robe lilas, très jeune Chine, coiffé d'un élégant canotier et chaussé de bottines jaunes, dépassa soudain à toute pédale l'antique équipage. Ce fut pour moi, durant une seconde, une saisissante vision résumant l'état actuel du vieil empire. Et, vraiment, la bicyclette et son cycliste étaient en ce lieu quelque chose de choquant et de déplacé; je ressentis une impression analogue à celle que j'éprouve devant une belle chaumière ou un joli coin de paysage de chez nous souillé par quelque révoltant panneau-réclame.

Le mandarin d'aujourd'hui et son escorte à l'occidentale.