Notre sympathique ministre, M. de Margerie, n'assistera pas à la mise en oeuvre de ces matériaux, car, appelé à un poste important au ministère des Affaires étrangères, il quitte Pékin dans quelques jours, au grand regret de tous les Français, des Européens et aussi des Chinois, qui avaient pu apprécier son caractère à la fois ferme et conciliant, sa droiture et son exquise urbanité.
En attendant l'arrivée de son successeur, la légation sera gérée par le premier secrétaire, M. F. Georges-Picot, fils de l'illustre économiste, membre de l'Institut.
M. Georges-Picot, qui fut déjà chargé d'affaires lors du départ du prédécesseur de M. de Margerie, est la distinction et l'aménité mêmes, ce qui n'exclut pas, chez lui, la volonté et la force de caractère. C'est une belle et fine figure de diplomate, et je le vois très bien dessiné par Ingres, en habit à haut collet, culotte et bas de soie.
Le personnel diplomatique français est complété par MM. Blanchet, consul, premier interprète, sinologue érudit et pratiquant, travailleur acharné, que ses occupations très absorbantes n'empêchent pas d'être aimable et accueillant, Viennent ensuite les jeunes et sympathiques attachés, MM. Valentin, Rhein et Dozon, qui font ici leurs premières armes dans la diplomatie. Et ce terme de premières armes pourrait bien, avant peu, ne plus être pris au figuré si les affaires continuent à ne pas s'arranger mieux. Mais les campagnes, c'est de l'avancement, et puis ça compte toujours pour la retraite.
M. de Margerie, qui est le beau-frère de Rostand, a pour secrétaire particulier son neveu, M. Gérard Mante, jeune, fougueux, sportif et charmant, le plus agréable compagnon d'excursion qui se puisse voir.
L'élément militaire est représenté par le commandant Vaudeseal, le médecin-major de première classe Hazard, le capitaine Collardet, breveté d'état-major, attaché militaire, le capitaine Renaud, les lieutenants Marquer, Delafond, Ménigoz, Klepper, Grovalet et l'aide-major Guy, qui ont, presque tous, déjà vu le feu, soit ici, soit au Tonkin ou en Afrique, et qui sont prêts à faire leur devoir, vaillamment et gaiement, à la française, dès que l'occasion s'en représentera.
Mmes de Margerie et Georges-Picot étant, depuis quelque temps, rentrées à Paris, la partie féminine des habitants de la légation de France se trouvait réduite, ces jours derniers, à la toute gracieuse Mme Collardet, qui, à son tour, vient de quitter Pékin pour aller, avec ses enfants, passer les mois de grosse chaleur à Chan Haï Kouan, au bord de la mer, dans une pagode transformée en maison de campagne.
L'entrée de la légation de France.
Chan Haï Kouan, à douze heures de chemin de fer de Pékin, est le Trouville du Tché Li; c'est là que la Grande Muraille vient aboutir à la mer. Les résidants qui peuvent quitter la capitale pendant quelques semaines y vont, à la chaude saison (41° à l'ombre aujourd'hui) se reposer et respirer autre chose que de la poussière. Ceux que leurs occupations retiennent à la ville y envoient leurs femmes et leurs enfants; le vendredi ou le samedi ils prennent le train des maris et reviennent, le lundi, à leurs bureaux. Quelques-uns, plus fortunés ou jouissant de plus de loisirs, vont passer l'été au Japon.