En 1908, cédant aux instances de M. Clemenceau, chargé de former un cabinet. M. Picard acceptait le ministère de la Marine. Il n'y testa que quelques mois, et il reprit bientôt ses travaux ordinaires.

Inspecteur général des ponts et chaussées, ancien ministre, grand'croix de la Légion d'honneur, vice-président du Conseil d'État, membre de l'Académie des sciences, Alfred Picard avait atteint tous les sommets. Sa modestie égalait sa science; une grande bonté tempérait la sévérité qu'inspirait un amour supérieur de la justice; l'apparente mélancolie, dont s'égayèrent les caricaturistes, cachait une grande finesse d'esprit et une rare sensibilité d'âme.

Voici ce que ce scientifique doublé d'un juriste écrivait dans le Bilan d'un siècle:

«Parfois, en songeant à l'extrême brièveté de la vie, le penseur se prend à éprouver quelque regret. Ce n'est certes pas la perte plus ou moins prochaine des satisfactions de l'existence qui l'attriste ainsi: les joies sont, même pour les plus heureux, compensées par trop d'ennuis et de chagrins. Non, ce dont souffre le philosophe, c'est de l'impuissance dans laquelle il se trouve d'explorer largement le domaine encore si restreint des connaissances humaines, d'en étendre les limites par de vastes conquêtes, d'apporter une ample contribution à l'édifice de la science et du progrès... Mais cette tristesse s'efface, pour celui qui, ayant mesuré la marche de la civilisation dans le passé, la pressent s'améliorant dans l'avenir: en élargissant ainsi son horizon, en faisant abstraction de l'individualisme pour ne voir que la solidarité et ses effets, l'esprit le plus pessimiste se rouvre à l'espérance. La perception d'une marche incessante en avant, d'un essor continu de l'humanité, chasse le découragement et provoque un puissant réconfort. Elle console la vieillesse, ranime la vaillance de l'âge mûr, inculque à la jeunesse la foi et l'émulation.»

Et l'ingénieur ajoutait: «La littérature, ne figure pas et ne peut pas figurer dans le programme des expositions. Cependant elle joue un tel rôle dans la vie des peuples et. éclaire d'un jour si vif le mouvement des esprits, qu'il est impossible de ne pas lui réserver une place à côté des sciences et des arts dans cette revue du dix-neuvième siècle.»
F. H.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

Les poules pondeuses et l'hérédité.

M. Pearl, agronome anglais fort réputé, a cherché à discerner l'influence de l'hérédité dans la fécondité des poules.

D'après ces études, qui ont porté sur plusieurs milliers de poules dont l'ensemble représentait treize générations, l'abondance des oeufs pondus par une poule n'apparaît pas comme un pronostic certain des qualités de ses filles. Dans quelques-unes des familles observées, les femelles bonnes pondeuses transmettaient toujours leur fécondité à leur descendance, mais la chose reste inexpliquée.

Par contre, les expériences de M. Pearl sembleraient confirmer les faits suivants, déjà plus ou moins connus: