La sortie générale des équipes parisiennes des «Eclaireurs de France», dont nous avons rendu compte dans notre dernier numéro, a provoqué, dans le grand public, un mouvement de vive sympathie--auquel les préoccupations militaires du moment ne sont point étrangères--en faveur de cette excellente association. Beaucoup de nos lecteurs nous sollicitent de donner, à ce sujet, des renseignements précis; c'est un devoir que de les porter à la connaissance de tous ceux qui veulent préparer à notre pays de bons et d'intelligents soldats.
La société des Eclaireurs de France, dont le siège est à Paris, 146, rue Montmartre, groupe, sous l'autorité d'un comité directeur et de comités locaux, des jeunes gens de toutes les classes, âgés de onze ans au moins, auxquels on ne demande qu'une cotisation annuelle de 1 franc. Toute nouvelle recrue--munie de l'autorisation écrite de ses parents--doit, pour servir comme novice, apprendre les douze articles du «code de l'Éclaireur», qui consacre la pratique de ces belles vertus: la discipline, la loyauté, la générosité, le respect. de soi-même, l'honneur, et prêter le serment dont nous avons déjà reproduit les termes. Après une période d'un mois, le novice passe un examen et devient Éclaireur de 2e classe; un autre examen peut, plus tard, l'élever au rang d'Éclaireur de IIe classe. Enfin des brevets et des signes distinctifs spéciaux, correspondant aux aptitudes de tireur, d'ambulancier, de cycliste, de cavalier, d'interprète, de mécanicien, voire d'aide-aviateur, sont décernés à ceux des éclaireurs qui font preuve de capacités particulières.
Tous ces jeunes gens sont groupés en «patrouilles», qui comptent de quatre à huit éclaireurs, commandées par un «moniteur»; plusieurs patrouilles se réunissent en «partis», dirigés par un «guide»; et trois ou six partis composent une «troupe», sous les ordres d'un capitaine.
Telle est, en son principe, cette organisation, destinée à former, comme le dit excellemment un article du règlement intérieur, «des hommes d'élite, provenant de toutes les catégories sociales, qui, par la force et la noblesse de leur caractère, autant que par leur jugement, leur décision et leur sens pratique, seront les guides, les vigies de la France, les vrais pionniers de sa civilisation et de son action commerciale, industrielle, maritime, militaire et coloniale». Les enseignements très variés qu'on leur donne, au cours de cette éducation morale et sportive, ont été présentés par un officier, le capitaine Royet, en un petit manuel précis et bien ordonné, le Livre de l'Éclaireur (Librairie illustrée, 75, rue Dareau, et au siège de la société, 2 fr. 50). Le «scoutisme» y apparaît parfaitement adapté au tempérament français, et conforme au génie de notre race. On ne pourrait souhaiter, pour nos jeunes gens, meilleure école de solidarité, d'énergie et de patriotisme.
Le mouillage de mines à bord d'un des nouveaux navires spéciaux de la marine militaire française: Cerbère et Pluton
Ces navires, qui ont extérieurement 1 aspect paisible ri un chalutier, cachent dans leurs flancs une infernale cargaison: 120 mines flottantes placées sur des voies, avec garages et aiguilles sont poussées à bras d'homme jusqu'à l'arrière, où par un sabord, elles sont jetées à la mer, à intervalles réguliers, sur la ligne de défense préalablement déterminée,--Ces navires peuvent être obligés de relever les mines qu'ils ont mouillées ou celles de l'ennemi; à cet effet, ils sont munis des tourets et des treuils nécessaires à cette opération.--Tous les logements d'officiers sont à l'avant.
Au cours de la guerre russo-japonaise, la mine sous-marine, qu'on appelle aussi torpille de blocus, a joué un rôle des plus importants. C'est un de ces engins semé par un torpilleur japonais qui amena la destruction complète et instantanée, à quelques milles de Port-Arthur, du grand cuirassé russe Pétropawlosk. A son bord se trouvait l'amiral Makharof, espoir de la marine russe, qui périt dans cette catastrophe. Un autre navire russe, l'Ienisseï, un cuirassé et deux croiseurs cuirassés japonais, Fuji, Yoshino et Nishio, sombrèrent également, crevés par l'explosion d'une mine sous-marine.
Les leçons de toute nature qu'a fournies cette guerre ont été soigneusement mises à profit par toutes les nations, mais on s'est préoccupé, plus spécialement peut-être, de préparer l'emploi intensif dans lès guerres navales futures, de ces engins. En fait, la torpille de blocus se compose actuellement de:
1° Un récipient contenant à la fois la charge d'explosif destinée à crever la coque du navire qui le heurtera, et le système d'inflammation de cette charge. Celui-ci, variable suivant les modèles adoptés, consiste le plus souvent en une lourde boule métallique placée dans une coupelle. Lorsque le navire vient heurter la torpille, le choc fait tomber la boule, celle-ci déclanche un percuteur qui détermine l'explosion de la charge.