Ayant regagné son auto, la grande tragédienne, heureuse d'avoir apporté de la joie à ce monde bizarre de prisonniers, me confia que c'était là une des aventures les plus étonnantes de sa vie de comédienne:
--J'ai éprouvé une sensation inouïe, me dit-elle, en voyant fixés sur moi avec un éclat étrange ces milliers d'yeux dont beaucoup ne verront plus la lumière de la liberté et dont certains seront avant peu obscurcis par la mort. Si vous saviez comme c'est bon d'avoir pu donner un peu d'illusion à ces gens pendant quelques instants! Il faudra que je note cela dans mes Mémoires...
La relation que Sarah Bernhardt écrira elle-même de son voyage à Saint-Quentin sera sans aucun doute l'un des chapitres les plus émouvants de son autobiographie. Elle la complète à ses moments perdus, et il faut souhaiter qu'elle la livre bientôt au public pour qu'on y lise le récit de cette journée si originale du 22 février passée parmi les prisonniers californiens de Saint-Quentin.
François de Tessan.
Le cortège des étudiants, se rendant place de la Concorde, passe rue de Rivoli devant, la statue de Jeanne d'Arc.
UNE MANIFESTATION PATRIOTIQUE DE LA JEUNESSE DES ÉCOLES.
--Le défilé devant la statue de Strasbourg.
Dans l'après-midi de dimanche dernier, la manifestation traditionnelle de la jeunesse des écoles à la statue de Strasbourg a eu lieu au milieu d'une affluence exceptionnelle et avec un calme, une piété silencieuse, qui lui ont donné un aspect impressionnant. Les étudiants avaient on effet résolu de conserver à cette manifestation, d'où devait être exclu tout geste politique, un caractère exclusivement patriotique et national. Lorsque, à deux heures, le cortège se forma sur la place de la Sorbonne, les étudiants étaient au nombre de trois à quatre mille. L'un d'eux, en tête, portait un grand drapeau tricolore cravaté de crêpe. Puis venaient les délégués des diverses organisations, républicaine, jeune-républicaine, plébiscitaire, nationaliste, et des universités de province, notamment de Bordeaux. Huit étudiants suivaient, porteurs de deux grandes couronnes endeuillées de crêpe et coupées par un large ruban tricolore. Derrière, marchait la foule des élèves ou des aspirants aux écoles militaires, le bonnet de police sur l'oreille, et des étudiants des diverses facultés avec leurs bérets aux couleurs distinctives. La longue colonne gagna, par la rue de Rivoli, en saluant la statue de Jeanne d'Arc, la place de la Concorde. Les couronnes et le drapeau furent déposés sur le socle de la statue de Strasbourg, devant laquelle les jeunes gens défilèrent ensuite, pieusement recueillis.
LE TRICENTENAIRE DES ROMANOF
Il y a encore, en Russie, du loyalisme pour le trône, un loyalisme ardent et mystique, un loyalisme populaire des faubourgs des villes et des immensités rurales, qui a donné, ces derniers jours, à l'occasion du tricentenaire des Romanof, à côté du loyalisme officiel, militaire, aristocratique ou bourgeois, sa mesure éloquente et profonde.