» Mais, sous la lourde chaîne dont votre résistance d'esprit et d'âme allégera le poids, vous savourerez, et souvent, des tranquilles délices qui vous dédommageront. A fréquenter davantage ces anciens et vénérables bâtiments dont vous serez devenu, même si vous ne les habitez pas, le locataire moral, vous éprouverez comme cela m'est arrivé, une quiétude singulière, empreinte de noblesse, et nourrie de fierté. Nos vieilles cours aimeront vous voir aller, venir au milieu d'elles, comme chez vous, et se feront plus placides et plus provinciales quand vous traverserez leur désert, et nos grises murailles attireront--pour la garder plus longtemps quand vous les longerez--votre ombre discrète et hâtive de philosophe chrétien. --et nos pavés, qui sont parmi les derniers beaux pavés du passé, du cher vieux Paris, nos pavés, un peu inégaux, d'entre lesquels n'est pas arrachée toute l'herbe des quais d'autrefois, nos pavés seront sous vos pieds exercés: aussi doux que du sable.

» Vous allez connaître et préférer le son méditatif que fait à notre horloge l'heure d'aujourd'hui, qui tinte avec la voix triste d'hier. Vous allez tout apprendre à nouveau et en détail de l'antique maison, vous familiariser avec le dédale de ses corridors, pratiquer ses petits escaliers, ses bureaux, ses appartements, ses combles, ses entresols studieux à rideaux blancs et à pendules de marbre noir... ses placards vitrés, ses souvenirs, ses traditions,... vous allez vous lier étroitement avec les pauvres bustes si délaissés, devant lesquels vous passerez plus souvent que vos confrères, et en vous arrêtant parfois, pour souffler la poussière qui met des cendres à leur front, et songer en face de leur détresse à ce qui reste ici-bas des grandes gloires. Et quand, redescendant à la fin du jour, pour regagner votre logis de l'Aima, vous repasserez entre les deux pots à feu de pierre qui flambent et montent la garde dans la cour, à droite et à gauche du seuil, vous sentirez, cher ami, que toutes ces choses vous tiennent avec une force incroyable au coeur et à la pensée, et qu'elles ont pris à vos yeux, depuis que vous vivez en elles, une importance touchante et familiale... Et chaque fois qu'aux nombreuses séances publiques vous mettrez, pour obéir à l'usage, cet habit couleur de ciguë, qu'auparavant vous n'endossiez par corvée que de loin en loin, vous le ferez avec l'espèce de sainte coquetterie qu'éprouve le prêtre à se parer de la chasuble en soie fleurie d'épis d'or et de roses. Et votre épée elle-même vous sera nouvelle, jolie, et plus significative, et moins inutile.

»... Allons, adieu, cher Lamy. Personne ne me voit, mais vous sentez que je ne suis pas loin. C'est qu'au début de cette séance, votre première de secrétariat perpétuel, j'ai voulu revenir, une petite minute, dans cette salle, pour entendre pétiller le feu de bois sous le portrait de notre Richelieu et pour m'approcher de vous contre l'estrade. Belle réunion. Poincaré est là. Et c'est tout à fait comme de mon temps. Rien n'est changé... que moi.»
Henri Lavedan.
(Reproduction et traduction réservées.)

LA REVUE DE PRINTEMPS

La revue de printemps, qui fut si heureusement restituée, l'an passé, par le ministre de la Guerre, a offert, dimanche dernier, aux Parisiens, le spectacle que depuis quelques semaines ils désiraient de toute leur ferveur patriotique. L'occasion souhaitée de manifester allégrement leur confiance en l'armée, leur ardente sympathie pour nos soldats, ils l'ont saisie avec empressement, en allant admirer à Vincennes les belles troupes qui leur étaient présentées.

L'arrivée du chef de l'État, dont la daumont, attelée de six chevaux montés par des artilleurs, passa devant les lignes, le martial défilé des régiments en tenue de campagne, aux accents familiers du Chant du départ, de Sambre-et-Meuse et de la Marche lorraine, très applaudis par manière d'hommage à M. Poincaré, la charge des fantassins, masse tumultueuse hérissée de baïonnettes, et des cavaliers lancés au grand galop, sabre au clair, firent courir dans la foule immense qui se pressait sous les tribunes et tout autour du champ de courses, de longs frémissements. Et sans doute, à cet enthousiasme joyeux, se mêlait-il, cette année, un sentiment de particulière affection pour nos soldats, vers lesquels, plus que jamais, se tourne aujourd'hui notre sollicitude.

LA PROTECTION DES ÉGLISES

Depuis plusieurs années, une Campagne ardente est poursuivie, dans les milieux artistiques, littéraires et politiques, aux fins de protéger les trésors d'art que renferme notre beau pays de France. A plusieurs reprises, au Parlement, à l'Académie, dans la presse, on a signalé les dangereuses répercussions que peuvent avoir eues de récentes lois sur la conservation de certains monuments publics, et en particulier des églises.

Cette campagne a fini par porter ses fruits, puisque la Chambre a, dans une de ses dernières séances, incorporé à la loi de finances un article aux ternies duquel sont créées deux caisses alimentées par des legs, dons ou subventions, véritables personnalités civiles destinées à faciliter l'entretien et la réparation, la première, des monuments classés, la seconde, de ceux qui ne le sont point.

Désormais, donc, nos églises ne tomberont plus en ruines, faute d'argent pour les restaurer, et l'on n'aura plus le spectacle injuste de donateurs, désireux d'empêcher la destruction, dont le cadeau était refusé par une municipalité défiante ou sectaire.