C'est, pour une grande partie, sur l'insistance de M. Maurice Barrès, dont on sait le noble souci à tout ce qui touche aux choses de l'art, que ce texte fut voté. L'éminent académicien avait en effet, à cette occasion, prononcé un fort beau discours dans lequel, après avoir examiné le problème au point de vue juridique, il s'est plu à donner connaissance à la Chambre de certains faits typiques qui venaient à l'appui de sa thèse:

Dans la contrée privilégiée, a-t-il conté, qu'on appelle le jardin de la France, il existe une ville aimable entre toutes, où subsiste un vestige charmant d'une architecture du quinzième siècle, quelque chose d'assez pareil à ce qu'est à Paris la tour Saint-Jacques.

Les artistes, les catholiques, les citoyens amoureux de leur petite ville, ont désiré faire classer cette tour. Le conseil municipal voyait la chose avec hostilité; puis, à un instant donné, en présence du grand mouvement qui se dessinait, il a dit:

«Eh bien! vous voulez la conserver: conservons-la; on peut toujours en faire quelque chose; elle peut toujours servir.»

Et savez-vous à quoi cette tour, pour laquelle il y a une instance de classement, pour laquelle déjà la commission des monuments historiques a donné un avis favorable, savez-vous à quoi ils la font servir? Ils y installent des latrines publiques! (Mouvements divers.) L'installation est commencée, elle se poursuit contre la loi, alors que le classement est décidé, est accordé en principe par un avis favorable de la commission.

Il s'agit, messieurs, de la tour Saint-Martin à Vendôme.

Au cours des travaux, des ossements humains, et même un squelette entier, ont été découverts; au lieu de les transporter au cimetière, on les a enfouis sous les tuyaux de vidange. (Vives exclamations.)

«Eh bien! disent-ils...»--je prends les termes du Progrès de Loir-et-Cher, qui fait l'apologie de cette utilisation de la tour Saint-Martin--«...eh bien! quoi? nous élevons en terrain bénit un temple au Dieu de la digestion.» (Exclamations.--Mouvements divers.)

Nous avons tenu à citer, telles qu'elles figurent au Journal officiel, les paroles mêmes de M. Maurice Barrès qui a ajouté:

Pour qu'il n'y ait pas de doute, je tiens les photographies à la disposition de mes collègues. J'espère bien qu'il se trouvera un journal illustré pour les mettre sous les yeux du public...