M. Le Bargy étant le seul artiste qui ait pu, depuis la mort de Coquelin, interpréter à Paris ce rôle éclatant et formidable, personnifier le désormais immortel Cyrano il était inévitable qu'on le confrontât avec la vision laissée par le «créateur» du rôle. Or, cette dissemblance que le physique accuse, dès le premier regard, entre les deux interprètes est celle même de l'esprit et de l'exécution des deux interprétations. Moins de volume et d'abondance sonore chez M. Le Bargy que chez M. Coquelin; mais, sans doute, chez M. Le Bargy, plus de profondeur dans la tendresse et dans l'amour, de hauteur dans la bravoure et dans la fierté. Ainsi connaît-on maintenant par lui, sous un aspect nouveau, un peu différent et non moins juste, ce type admirable de Français vaillant, généreux et spirituel qui se révéla il y a quinze ans à peine sur cette même scène de la Porte-Saint-Martin et qui a déjà pris sa place dans la galerie des héros dont s'honorent les littératures de tous les pays et de toutes les époques.

Vue générale d'Okrida.

AU COEUR DE L'ALBANIE

NOTES DE VOYAGE D'UN JOURNALISTE AMÉRICAIN

PUBLIÉES PAR ARRANGEMENT SPÉCIAL AVEC «THE CHICAGO DAILY NEWS»

Envoyé sur le théâtre de la guerre, du côté bulgare, par son journal The Chicago Daily News, M. Paul Scott Mowrer eut la bonne fortune, au moment où se concluait l'armistice, de se voir confier, par le ministre de l'Intérieur, au professeur Constantin Stephanof, de l'Université de Sofia, chargé de lui servir d'interprète et aussi de veiller sur lui, d'être son guide et son garant. Sous la conduite de ce cicérone, charmant compagnon de route, le journaliste américain fut autorisé à visiter les positions d'Andrinople et celles de Tchataldja. Puis, par chemin de fer, il traversa toute la contrée, de Dimotika et de Dedeagatch à Salonique, pour revenir ensuite à Monastir, d'où une voiture le conduisit, à travers une région montagneuse alors ensevelie sous la neige, à Chrida, au seuil de l'Albanie. De tout ce voyage, il a donné à son journal de très vivants et très littéraires récits.

Mais la partie la plus intéressante, peut-être, la plus neuve, du moins, de toute cette pénible expédition, ce fut la traversée de l'Albanie qui la couronna. Nous ne croyons pas qu'aucun autre journaliste ait, depuis le commencement de la guerre, affronté cette sauvage région, dont le sort, actuellement, prête à tant de rivalités. Aussi avons-nous jugé intéressant de demander à M. Paul Scott Mowrer de nous donner un compte rendu de son raid courageux. Voici la première partie de son récit:

SERBES CONTRE BULGARES