L'Athénée représente en ce moment avec succès uns comédie qui semble devoir passer à juste titre pour la plus originale, la plus subtile et la plus raffinée de cet écrivain original, subtil et raffiné qu'est M. Abel Hermant. C'est la Semaine folle. La semaine folle est, à Venise, la semaine de carnaval; c'est pendant une semaine de carnaval à Venise que se déroule l'action que M. Abel Hermant a choisie comme prétexte à sa nouvelle étude de moeurs cosmopolites, un drame d'amour, qui ne se termine d'ailleurs pas tragiquement. L'héroïne de l'aventure a meublé à la russe son palais du Grand Canal et il se trouve que ces deux byzantinismes harmonisent à merveille leurs lignes hardies et leurs colorations violentes; or ce détail a quelque chose de naturellement symbolique, toute la pièce ayant ce caractère d'étrangeté forte et séduisante. Elle est jouée, tout à fait dans le ton qui convient, par Mlle Ventura, une Slave ardente, inquiétante et captivante, par M. André Brûlé, à qui on peut supérieurement accorder, au masculin, les mêmes qualificatifs, par M. Jacques de Péraudy et par MM. Guyon fils, Gallet, Guilhène.
Le théâtre lyrique des Champs-Elysées, fondé et dirigé par M. Gabriel Astruc et dont nous avons montré plus haut l'effet extérieur et la disposition intérieure, a ouvert la série de ses spectacles par les représentations d'oeuvres de choix: d'abord Benvenuto Cellini de Berlioz, créé en 1838 et dont pourtant c'était seulement la 8e représentation! Ensuite--pour succéder à cet opéra si romantique quant à ses détails extérieurs, si humain quant à son expression--une pastorale: le Freisehütz, de Weber. joué, pour la première fois peut-être en France depuis un demi-siècle, sous sa forme originale. La troisième soirée a été exclusivement consacrée à un concert de musique français où voisinaient les noms de Chabrier, Lalo, Saint-Saens, Gabriel Fauré, Vincent d'Indy, Debussy, Paul Dukas, Inghelbrecht. On a vivement apprécié le soin attentif et délicat, le goût éclairé, intelligent et l'art, pour tout dire, avec lequel, dans une salle appropriée à cet effet, cette nouvelle direction théâtrale prépare et réalise ses spectacles musicaux.
La Chaste Suzanne est, à l'Apollo, la réapparition sous forme d'opérette d'un vaudeville, le Fils à papa, de MM. Mars et Desvallières, qui fut applaudi il y a quelques années au Palais-Royal. La pièce qui vient, ainsi transformée, de faire son tour du monde, n'a rien perdu de sa gaieté un peu libertine mais franche, que décuple l'entrain de la musique fraîche et mélodieuse de M. Jean Gilbert.
A la Comédie-Royale, revue de M. Robert Dieudonné, C'est fou! qui s'applique à justifier assez plaisamment son titre et qui y réussit souvent.
Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés en titre
ne nous ont pas été fournis.