L'artillerie était ainsi répartie: avec le 53e, une batterie de 4 pièces; avec la division serbe de Timok, 6 pièces de siège; dans le secteur sud, 12 batteries de campagne bulgares et 28 pièces serbes; enfin, contre les forts du saillant nord-est, un groupe formidable de 22 batteries, plus 12 grosses pièces de siège. En effet, après mûre étude, c'est là que le général Ivanof avait décidé de porter son effort; c'est sur ce point qu'il était résolu à attaquer, à emporter la place. Le grand rôle allait donc échoir au général Vasof.

Depuis l'échec des négociations de Londres et la reprise des hostilités, ce suprême assaut se préparait. Alors que l'artillerie répartie sur les autres secteurs était relativement faible, on avait accumulé, contre Tash-Tabia, Aïvas-Baba-Tabia et Aïdjiolou-Tabia, ces 88 pièces de campagne et ces 12 pièces de siège que je viens de dire, et qui, au moment voulu, accablant de leurs feux croisés ces trois forts disposés sur un éperon du terrain dominant la plaine, allaient les écraser de la plus effroyable façon. Et, chose merveilleuse, révélatrice des lacunes, des faiblesses de la défense, le général Ivanof put amener la cette force écrasante, l'accumuler en deux groupes, à l'est et au nord, à 4 kilomètres du but, sans être éventé, sans que rien fût tenté, rien d'efficace, contre son projet.

Il fallut un grand mois pour concentrer ces 100 pièces avec leurs approvisionnements de munitions: 30.000 obus, que les chariots à buffles amenaient quatre à quatre seulement, quand il s'agissait des gros projectiles des pièces de siège.

COMMENT FUT EMPORTÉE LA PLACE

Tout prêt, le lundi 24 mars, à une heure après midi, le général Ivanof, qui avait installé son quartier à Kara-Iousouf, donna le signal de l'action décisive, du bombardement général. La canonnade reprit avec une fureur accrue; obus et shrapnells, plus nombreux que jamais, recommencèrent à vriller l'espace. Ils sifflèrent tant que dura le jour; puis, vers huit heures, la nuit close, le silence se fit. On sembla, d'un côté et de l'autre, se recueillir. Cependant les Bulgares ne demeuraient pas inactifs.

Fantassins bulgares tués en plein assaut et retombés dans
le fossé en avant de la position, à Aïvas-Baba.

Phot. de M. Luigi Barzini, envoyé spécial du Corriere della Sera.

LES CONQUÉRANTS ET LEUR CONQUÊTE.--Groupe de cavaliers
bulgares se silhouettant sur le panorama d'Andrinople, que domine
la mosquée aux quatre minarets du sultan Sélim.