Ceux qui sont tombés à l'assaut du fort d'Aïdjiolou.
Un prêtre bulgare bénit les morts des 10e et 23e régiments qu'on va ensevelir.
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Un cheval pris dans les terribles réseaux de fils de fer
des positions turques, comme une mouche dans une toile d'araignée.
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Le commandant en chef s'était donné comme premier objectif d'enlever Maslak (ou Mal-Tepe), où était établi un groupe défensif puissant, position extrême à l'orient de la ville, en avant du village de Misoubelli. A la faveur de cette sorte de trêve, et protégée par les ténèbres, l'infanterie traversa dans la nuit le petit cours d'eau qui lèche le pied des collines de Mal-Tepe et, en rampant, pour ainsi dire, arriva vers 1 h. 1/2 du matin, sans que l'alerte eût été donnée, jusqu'à 400 mètres environ du but où les canons armés tendaient leurs gueules. Là, tapie, elle attendit. Puis, à la première lueur de l'aube, elle se rua, d'un élan fou, à la baïonnette: «Na noche!» Les Turcs, surpris, abandonnèrent la place sans presque un simulacre de résistance--ceux du moins qui eurent le temps de s'enfuir, car on fit un bon nombre de prisonniers--laissant sur place leur artillerie, leurs mitrailleuses, aussitôt retournées contre eux, pour les hacher dans leur fuite, puis pour attaquer les forts de la grande ligne.
Pièces de campagne turques démontées et abandonnées:
au premier plan, trous d'obus dans le sol.
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Car le combat repris dès le début du jour, sur tout le périmètre, en se précisant, toutefois, vers le point vulnérable où l'on avait résolu de faire la trouée. Alors que la veille, pour masquer ses desseins, par une ruse qui apparaît quasi puérile, quand on y songe, mais qui devait pourtant réussir à souhait, le général Ivanof faisant cribler d'un feu intense toute la ligne des forts, semblait ménager l'angle nord-est, comme s'il eût dédaigné d'accabler ce point faible, le second et suprême jour, au contraire, il fit donner à fond contre Aïvas-Baba et ses deux voisins, Tash-Tabia et Aïdjiolou-Tabia, la redoutable artillerie qu'il avait accumulée contre eux. Perpendiculairement aux deux faces du triangle que dessinent, à 30 ou 40 mètres au-dessus de la plaine, ces trois forts, les feux des 100 canons se croisèrent contre le «saillant», déversant sur cet infortuné coin de terre et ceux qui le défendaient un déluge de fer et de flamme. Tandis que les batteries de l'est criblaient la pointe orientale de la colline et, intérieurement au périmètre, l'arrière de la face nord de la position, celles du nord opéraient avec une violence égale sur la face nord du mamelon et sur l'arrière de la tranchée est. Quel ne dut pas être l'affolement des malheureux canonnière turcs, bloqués entre ces deux trombes de projectiles! et quelles angoissantes heures ils durent vivre, avant de succomber pour la plupart! Ce fut vraiment, avant la mort, une sensation d'enfer.