Le colonel Khardjief, commandant les 10e et 23e
régiments, qui ont pris Aïvas-Baba et Aïdjiolou.
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Au delà encore de la position ainsi directement attaquée, l'artillerie couvrait de ses obus et de ses shrapnells la plaine dévalante, au delà du village d'Arnaut-keui, enserré entre les trois ouvrages, afin d'éviter même à des secours toute possibilité d'arriver. D'ailleurs, comment l'eussent-ils pu tenter, à travers ce pays sans routes, sans chemins, sillonné à peine de quelques sentiers, si mal préparé pour une défense sérieuse?
Les Ottomans, du moins, sauvèrent l'honneur et tombèrent ici héroïquement. 11 faut avoir entendu décrire, par les premiers arrivés sur le lieu de ce désastre sans égal, Ludovic Naudeau, Luigi Barzini, le spectacle qu'offraient, au lendemain de l'assaut, ces tranchées comblées de lamentables dépouilles mutilées, pour s'imaginer ce que dut être ce duel farouche.
Les artilleurs du «saillant», qui avaient d'abord tiré sur l'infanterie ennemie, traversant la plaine sous la protection de ses pièces de campagne, durent bien vite, pour se défendre eux-mêmes, se retourner contre les batteries qui les assaillaient avec cette frénésie.
Ils luttèrent jusqu'au soir, lentement décimés. Puis leur feu diminua, les servants, peu à peu, manquant aux pièces. A 5 h. 1/2, au déclin de cette journée d'épouvante--c'était le mardi 25 mars--ils ne répondaient plus que faiblement, un coup parti de temps à autre sous l'effort désespéré de quelque bras roidi comme dans un spasme, que n'avaient pu annihiler ni la mort ni la folie. A la nuit, c'en était fait de toute résistance.
Alors, les assaillants, pour l'attaque finale, se massèrent au pied même de la colline, tandis que leur artillerie continuait de cribler, d'accabler le «saillant». Dans la nuit, commença l'escalade, l'assaut irrésistible.
CHOUKRI PACHA ARBORE LE DRAPEAU BLANC
La brigade que commandait le colonel Khardjief, composée des 10e et 23e régiments, se rua, hurlante, sur Aïdjiolou, le plus facilement abordable des trois points, et, en tailladant à la baïonnette, là où les obus ne l'avaient pas suffisamment entamée, la trame savante des fils barbelés, submergea de sa trombe le malheureux fort. Mais quelle hécatombe parmi ces braves qu'attendaient encore, dans leurs tranchées, les fantassins du Croissant, avec leurs fusils et leurs mitrailleuses!... De monstrueux tumulus attestent les trésors d'héroïsme qui furent dépensés là. Même Aïdjiolou tombé, il fallut emporter encore de vive force, dans les mêmes conditions, et Aïvas-Baba et Tash-Tabia.
On décore dans son cercueil un des soldats qui se sont
sacrifiés pour couper les fils de fer devant Aïdjiolou.
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