Une tranchée, devant le fort d'Aïvas-Baba, remplie de corps de soldats turcs.

L'HÉCATOMBE DES DÉFENSEURS D'ANDRINOPLE.--Servants d'une pièce d'artillerie de forteresse tués à leur poste, à Aïvas-Baba. On remarquera que la pièce n'est protégée par aucun cuirassement, mais par un simple épaulement de terre avec revêtement de sacs de sable.
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Pareillement, la seconde ligne s'écroula, pour ainsi dire: toutes les positions vraiment fortes étaient à l'avant. Mais c'était en vain que l'on guettait à l'un des minarets de la mosquée du Sultan Sélim, temple très vénéré des Musulmans, le drapeau blanc qui annonçait que les vaincus se résignaient. Dix fois des yeux hallucinés par la fièvre le crurent apercevoir. Il n'apparut qu'à 9 heures du matin, au sommet d'un des pylônes du télégraphe sans fil de Hadirlik-Tabia, d'où l'indomptable Choukri pacha, enfin réduit, avait jusqu'au bout dirigé la résistance. Les troupes du roi Ferdinand déjà étaient près de franchir le seuil d'Andrinople. Mais, jusqu'après midi encore, tels forts auxquels n'était point parvenu l'ordre de cesser le feu continuèrent de tirailler, vers l'ouest. L'écho du dernier grondement ne s'éteignit qu'à une heure.

Choukri pacha.
--Phot. Grigor Vassilef.

Le compte rendu qu'a publié de ce victorieux assaut l'état-major bulgare est sobre de détails sur ce qui se passa dans les autres secteurs. Mais il est évident que toutes les forces qui participèrent à ce siège admirable, et qui supportèrent d'un coeur si stoïque les souffrances de ce rude hiver, que Serbes comme Bulgares concoururent avec élan à une opération qui allait mettre un terme à leur impatience et dont le succès même dépendait de l'unité de leur action. Le rapport officiel, dans sa concision toute militaire, mentionne pourtant l'offensive hardie du 55e d'infanterie bulgare et de sa batterie, l'énergie de l'attaque que menèrent au sud, contre Marach et Doudjaros, les 31e, 53e, 54e et 57e et leurs amis serbes de la division du Danube, et aussi l'action des Serbes contre Papas Tepe.

Cette chère victoire jetait aux mains de l'armée bulgare plus de 50.000 prisonniers, dont 14 généraux, 2.000 officiers, 16 drapeaux, près de 600 pièces de canon, 100.000 fusils et une profusion inouïe de munitions, cartouches, obus, shrapnells. Elle lui avait coûté 12.000 hommes hors de combat, dont 2.500 morts: dans son abnégation, sa soif de sacrifice à la patrie, elle s'estimait quitte à bon compte.

LE VAINCU

Sur les dernières heures de la résistance, sur les dissensions qui se seraient produites, touchant l'opportunité d'une reddition, déjà avant l'assaut du 27 mars, entre le commandement militaire, tout-puissant, et les autorités civiles, nous n'avons que des données vagues et souvent contradictoires: les Ottomans ont la sagesse et le bon goût de se refuser à toutes confidences, et l'histoire de la défense d'Andrinople reste à écrire.