De même, diverses versions ont circulé touchant les conditions dans lesquelles Choukri pacha se rendit au général Ivanof: la photographie que nous reproduisons ici, document précieux, émouvant, représente la première entrevue entre l'héroïque vaincu et le général victorieux, montre dans sa simplicité ce dernier épisode du drame.
Que Choukri pacha, établi, je l'ai dit plus haut, dans le fort de Hadirlik, ait songé à se remettre aux mains du général Stepanovitch, dont le quartier général était le plus rapproché du sien, c'est assez vraisemblable. Mais seul le commandant en chef de l'armée alliée qui venait de prendre Andrinople avait qualité pour recevoir ce prisonnier illustre.
Choukri pacha se rend au général Ivanof, sur la route de
Kirk-Kilissé. Phot. Grigor Vassilef.
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Il lui fit donner rendez-vous à l'entrée même de la ville, sur la route de Kirk-Kilissé, où les premiers régiments triomphants venaient de passer, bannière en tête. Sur les accotements demeuraient encore en batterie les trois canons de 120 braqués sur Aïvas-Baba, après la prise de ce fort par les soldats du 10e et du 23e régiment. Le commandant en chef de la seconde armée bulgare attendit là un moment, entouré de son état-major.
Enfin, Choukri pacha arriva, impassible, impénétrable, sa figure basanée, plus sombre d'être frangée d'une barbe d'argent. Il était sans armes.
L'entrevue fut brève, courtoise de la part du général Ivanof, mais sans cordialité, certes. Les deux adversaires de la veille s'exprimèrent en quelques mots concis leur mutuelle estime, leur admiration, peut-être. Ils ne pouvaient aller plus loin.
Le lendemain, le colonel Markolef, chargé de conduire à Sofia Choukri pacha, arrivait avec lui, en voiture, à la gare de Mustapha. La cour, le quai, étaient remplis de soldats bulgares, de blessés qu'on évacuait, et qui avaient versé leur sang pour conquérir Andrinople.
Un coin du champ de bataille à l'est d'Andrinople.
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