Une rumeur de colère gronda dans les rangs pressés de ces hommes, chez qui s'assoupissait à peine la fièvre de la bataille; une rafale de cris, d'exécration, s'éleva, déferla, sous laquelle se courba le front de l'impavide héros. Et l'on vit des larmes couler sur ses joues bronzées. L'homme farouche était entamé. Cette réprobation, dont il venait tout à coup de se sentir environné, avait fondu le triple airain qui l'avait protégé de la défaillance, au cours de la longue et magnifique lutte qu'il avait soutenue six mois durant. Il fallut presque le hisser dans son wagon. Et, écroulé dans un coin du coupé qui l'emmenait, captif, vers la capitale ennemie, Choukri pacha pleura, gémit jusqu'au bout du trajet: c'était la tragique rançon de combien d'autres larmes et de quelles sanglantes rosées, dont la terre se sèche à peine?
Gustave Babin.

--A suivre.--

Le Sphinx ensablé, tel qu'on le voit actuellement. Le Sphinx désensablé (il a été vu ainsi pour la dernière fois en 1886).

La hauteur totale du sphinx, du sol sous les pattes de devant jusqu'au sommet de la tête, est de 20 mètres; la hauteur de la tête est de 8 mètres; les dimensions de la face sont d'environ 5 mètres de haut sur 6 mètres de large.

LE SECRET DU SPHINX

Plusieurs journaux français ont annoncé récemment une découverte sensationnelle due à un égyptologue américain, et il nous a été donné depuis, dans la presse américaine, des explications sur cette découverte, avec des dessins plus suggestifs, sans doute, que leurs auteurs ne l'eussent souhaité. En voici le résumé:

«On avait remarqué autrefois sur la tête du grand Sphinx de Giseh, une dépression où Denon, en 1802, avait vu l'ouverture d'un puits et où il était descendu jusqu'à dix pieds; cette ouverture s'était comblée depuis; on croyait que les Arabes l'avaient creusée au moyen âge pour chercher des trésors; pourtant elle est si large et si profonde que cela paraît improbable. Vyse et Perring, en 1835, cherchèrent le passage intérieur du Sphinx et pratiquèrent un sondage à l'épaule; leur sonde se rompit à 27 pieds de profondeur, sans avoir trouvé le passage. Le professeur Reisner, lui, en creusant avec ses mains et son canif, est descendu dans la tête, par le puits de Denon, et grâce à son enthousiasme et à son énergie, il connaît maintenant le secret du colosse. La tête contient une chambre ou un petit temple de 60 pieds sur 14. C'est le «saint des saints» d'un temple plus grand creusé dans le corps, communiquant ensemble par un tunnel qui descend dans le cou. Le plus grand temple, orné de colonnes sculptées, est revêtu d'or pur comme le temple de Salomon. Des galeries relient ce temple à la pyramide de Menés et aux tombes des autres rois de la dynastie. Le professeur Reisner a devant lui un énorme champ d'exploration, toute une ville souterraine, mais il rencontre des difficultés inouïes dans l'accomplissement de sa tâche. Déjà les fellahs superstitieux refusent de creuser le Sphinx, car ils craignent le génie dominateur du désert.»

L'excavation au sommet de la tête du Sphinx est bien connue. Le Baedecker en fait mention. Les savants de l'expédition d'Égypte l'avaient remarquée: «On s'élève au sommet de la figure», dit la Description de l'Égypte, «et par derrière, à l'aide d'une échelle de 25 pieds de hauteur, là on trouve une ouverture, c'est celle d'un puits étroit où les curieux descendent ordinairement. Mais il est en grande partie comblé; au bout de quelques mètres on trouve le fond, on n'a pas découvert jusqu'où il pouvait conduire autrefois, si en effet il avait quelque profondeur, ce qui est fort douteux.» Denon a dessiné sur la plate-forme trois personnages dont l'un est engagé jusqu'à mi-corps dans la dépression, et le texte qui accompagne la gravure de Denon explique: «Une des personnes qui sont au-dessus de la tête est représentée en train d'aider de la main une autre qui sort d'une étroite cavité, profonde de 9 pieds au plus, et pleine de débris. Les entailles régulièrement faites de place en place sur les côtés de cette excavation, y tiennent lieu, en quelque sorte, de gradins pour descendre dans ce trou et en sortir,--quant à l'usage de ce trou, il est inconnu et restera peut-être toujours dans l'obscurité du mystère.»

Cependant une tradition fort ancienne, puisque Pline la rapportait déjà, fait du Sphinx une tombe royale et les écrivains arabes, brodant sur cette vieille croyance, parlent de salles souterraines remplies de trésors. Mais jusqu'ici les textes dignes de foi demeurent muets à ce sujet.