Le Sphinx, constamment envahi et enseveli par les sables, fut à plusieurs reprises dégagé ou restauré depuis une antiquité très reculée, dès l'époque des pyramides, comme en fait foi une inscription conservée au musée du Caire.

Le pharaon Thoutmès IV, qui le rendit au jour vers le milieu de la dix-huitième dynastie, fit placer entre les pattes antérieures une stèle de granit où il raconte qu'il exécuta ce pieux travail à la suite d'un songe. Ramsès II s'occupa aussi du Sphinx et éleva deux stèles près de la stèle du songe de Thoutmès. Aucune allusion n'y est faite au temple souterrain. Les souverains grecs et romains qui réparèrent le corps et les pattes, les innombrables touristes qui vinrent au premier siècle y graver leurs noms, ne pénétrèrent pas davantage dans l'intérieur, ni Caviglia, ni Mariette lors des fouilles de 1818 et 1853.

Lorsqu'il procéda au dernier déblaiement du Sphinx en 1886, M. Maspero émit l'hypothèse qu'un tombeau ou un sanctuaire pourrait se retrouver, non dans le Sphinx mais sous le Sphinx. En effet, les inscriptions hiéroglyphiques des stèles dédiées par Thoutmès IV et Ramsès II représentent le Sphinx sur un piédestal très élevé et M. Maspero supposait que ce soubassement pût exister réellement sous le colosse et contenir un sanctuaire. Les fouilles de 1886 n'ont apporté aucune preuve à l'appui de ces suppositions. Elles ont seulement permis d'admirer pendant quelque temps la partie antérieure du Sphinx dans toute sa hauteur. Mais l'imagination des fellahs s'échauffant au souvenir d'anciennes légendes--M. Maspero l'a constaté lui-même--ils crurent et dirent que le se vice des antiquités recherchait la coupe de Salomon, cachée sous le Sphinx, comme chacun sait, et le passage qui relie le Sphinx à la deuxième pyramide. Howard Vyse et Perring avaient déjà entendu des discours semblables.

La trouvaille annoncée par la presse américaine, semble, a priori, une nouvelle édition amplifiée des propos tenus par les fellahs en 1886 et en 1835. L'imagination populaire se plaît aux mystères des souterrains. En Égypte, où les hypogées parfois très longs sont assez nombreux, cette imagination peut créer des villes entières dans les profondeurs des rocs; elle n'y a pas manqué; et fatalement, le nom de Salomon devait apparaître et briller d'or dans ce conte.

Néanmoins, c'est un peu excessif d'annoncer avec certitude le Sphinx comme communiquant par des galeries avec «les tombes des rois de la dynastie»; d'en faire le carrefour des voies d'une ville souterraine; quelque chose enfin comme la gare centrale d'un Métropolitain des momies. C'est excessif d'affirmer la découverte, dans la tête du Sphinx, d'un puits conduisant à un temple, même à un petit temple de 60 pieds sur 14, puisque la tête du colosse, mesure, en réalité, 8 mètres de haut.

Comment la presse américaine imagine, d'après les fouilles supposées du professeur Reisner, l'intérieur du Sphinx et les galeries qui le relieraient aux chambres funéraires des Pyramides. La distance entre le Sphinx et la Pyramide de Chéops, la plus proche, serait de 400 mètres; jusqu'aux derniers tombeaux du groupe, il n'y a pas moins de 1.500 mètres.

Il demeure possible qu'une chambre funéraire soit creusée sous le Sphinx comme sous les grandes pyramides ses voisines. Il est certain qu'une cavité existe au sommet de la tête; qu'elle est, depuis plus de cent ans, l'objet de différentes hypothèses, et d'ailleurs visitée chaque jour par les nombreux promeneurs qui grimpent sur le Sphinx. Tout le reste est peu vraisemblable. L'archéologue enthousiaste creusant, avec ses mains et son couteau, aurait été vite remarqué par les gardiens qui surveillent le terrain des Pyramides. Et, par contre, s'il avait obtenu l'autorisation de commencer une exploration plus sérieuse, la répugnance et les superstitions des fellahs auraient d'autant moins retardé ses travaux, qu'à défaut des travailleurs ordinairement employés sur place à des fouilles analogues, il pouvait faire venir du Caire, chaque matin, une équipe de bons terrassiers par le tramway électrique à trolley qui relie le Caire au champ des Pyramides.
Henry Nocq.

Les métropolites habillés d'or et coiffés de la couronne byzantine. Une glorieuse loque, qui revient de Thessalie et d'Epire. Le roi Constantin et la reine-mère montant dans le train funéraire.