Ce fut ensuite le clergé. Un délicieux et mystique tintement d'or scandait la marche des somptueux métropolites. Car leurs pas majestueux faisaient se heurter leurs lourdes croix et chaînes, et vibrer les petits grelots d'or attachés à leurs ornements royaux. Sous le bleu ciel d'Athènes, sous son beau soleil, Byzance encore passait... Et, derrière les métropolites, apparut l'étendard de Saint-Laure, le premier drapeau de la Grèce libre, l'étendard qui donna le signal, en 1821, de la guerre sainte de l'indépendance. Un long frisson courut dans la foule...
Des boys-scouts suivirent, impeccablement alignés, en plusieurs groupes sur deux rangs. Les plus grands, de seize à dix-huit ans, allaient en tête; les derniers petits, qui fermaient la marche, n'avaient pas plus de dix ans! Tous portaient la tête haute. Les yeux, remplis de larmes, à peine contenues, avaient un regard ferme et décidé. La vue de ces enfants fit battre tous les cours, car ils étaient une image vibrante de la jeune Grèce.
Derrière le cercueil, posé sur un affût que tirait un détachement de marins, venaient, dans leurs uniformes resplendissants et multicolores, les princes envoyés par les cours européennes.
Et devant eux, isolé, très en relief, dans sa grande tenue sombre et si simple de généralissime, marchait le roi Constantin. Il allait, seul et profondément triste, mais le pas assuré, les yeux fixés droit devant lui, sur le cercueil de son père: l'avenir interrogeant le passé.
A la gare, des détachements de marins étrangers rendaient les honneurs... Le cercueil arriva. Les princes de Grèce le soulevèrent avec piété et le portèrent au wagon mortuaire. Puis le roi soutint la reine-mère, tandis qu'elle gravissait ces degrés encore de son calvaire. Les princesses, les princes grecs et les princes étrangers suivirent, et le train partit pour Tatoï, la résidence d'été où devait avoir lieu l'inhumation...
Jean Leune.
LA VENTE DE CHENONCEAUX
Le château de Chenonceaux, le magnifique joyau de notre Touraine, a été vendu, samedi dernier, à la chambre des criées, par ministère de Me de Biéville, avoué, agissant au nom des héritiers de M. Téry, mort il y a deux ans environ. La lutte s'engagea, sur une mise à prix de 1.300.000 francs. Elle se circonscrivit bientôt entre M. Clément, le grand fabricant de bicyclettes, M. Francis Guerault, l'antiquaire bien connu, et un troisième surenchérisseur à qui fut, en définitive, adjugé Chenonceaux pour 1.770.000 francs, et qui n'était autre que M. Henri Menier, le grand industriel.
Le château de Chenonceaux, qui vient d'être adjugé, pour
la somme de 1.770.000 francs, à M. Henri Menier.
--Phot. G.-W. Léman.