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C'est un passé plus voisin de nous qu'évoque l'exposition, inaugurée il y a quelques jours, au Petit Palais, de «David et ses élèves». Le palais de Girault! le plus joli souvenir d'architecture que nous ait, je crois, laissé 1900; et dans quel paysage encore! un des mieux composés dont une ville puisse offrir la vision aux étrangers qui s'y promènent. Il faut aller voir l'exposition de «David et ses élèves». Entre l'instant de l'année où ferme le Salon des Indépendants et celui où s'ouvre le Salon d'automne, il est bon que l'étranger mette à profit les occasions qui lui sont offertes de se renseigner sur le passé de nos arts; de connaître et de voir d'un peu près nos vieux, ceux qu'on «blaguait» hier, et vers lesquels on reviendra demain. Quelques esthètes d'avant-garde ne se sont-ils pas avisés de découvrir et de nous présenter en plein Salon d'automne, il y a deux ou trois ans, monsieur Ingres?
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Mais voici du très moderne; voici du contemporain, même, à foison. Traversons l'avenue Nicolas-II, contournons le Grand Palais qu'animait encore, il y a huit jours, l'élégant remue-ménage du Concours hippique, et gagnons l'avenue d'Antin. La Nationale, ouverte il y a cinq jours, nous convie à son spectacle annuel, à son grand marché. (Si nous étions à Leipzig ou à Nijni Novgorod, j'oserais dire: à sa foire, et cela n'aurait rien de désobligeant pour personne.) Il faut aller à ce marché. Un étranger n'a pas le droit d'avoir, durant cette quinzaine d'avril, traversé Paris sans en rapporter le livret de la Nationale et quelques impressions personnelles sur les oeuvres signalées par les louanges éperdues ou par les éreintements de la Critique, et autour desquelles s'entasse la foule des dimanches, pendant deux mois. Il devra avoir vu l'Apothéose de Roll, les trois tableaux de Lucien Simon, les portraits de Gervex, les Raffaëlli; les envois de Friant et de La Gandara, de Dinet, Guiguet, Marie Cazin, Louise Breslau et Raymond Woog; d'Aman-Jean, de Rusinol, de Lepère et de Lebourg; de Madeleine Lemaire, de Séon, de Prinet, de Willette, de Cottet, de Lévy-Dhurmer; de Le Sidaner, Lhermitte et Dagnan; et il faut avoir vu aussi les Boldini, le Besnard et le Béraud, les envois de Meunier, Dauphin, Carolus Duran, La Touche et Karbowski; les dessins de Paul Renouard et de Kaufmann, et que de choses encore! A la sculpture, la statue de José Clara, les envois de Saint-Marceaux, d'Andreotti, Dejean, de Monard, Escoula, J. Froment-Meurice, Injalbert... Un étranger s'arrête aussi volontiers que nous devant les portraits des «célébrités». Cette curiosité très légitime est satisfaite, à la Nationale, par d'intéressants envois: je signale, entre autres, le Léon Bourgeois de Roll; le Jules Lemaître et le Forain de Saint-Marceaux; le portrait de Mme Raymond Poincaré, par Georges Bertrand,--devant lequel on s'écrasait de la belle façon, le jour du vernissage!
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On s'écrasait presque autant, hier, à la deuxième conférence de Mgr Bolo, et rarement vit-on, entre les quatre murs de la salle austère où la Société de Géographie tient ses séances, tant de plumes et de fleurs rassemblées sur tant de chapeaux! Ce n'est pourtant pas à la flagornerie que Mgr Bolo doit son succès, car il est impossible à un prédicateur de traiter les femmes de son temps avec plus de cinglante sévérité que ne fait celui-là. Mais il est évident qu'il y a une manière... acceptable, agréable même, de dire aux femmes leurs vérités, et Mgr Bolo a la manière. Plus il les rudoie, plus elles sont contentes; la semonce devient-elle par trop vive? Elles rient.
Il est vrai qu'il rit aussi. Et c'est là, sans doute, une des raisons de la sympathie que cet orateur inspire. Castigat ridendo... La figure est ronde, joviale, et, derrière le verre du binocle, l'oeil brille d'une satisfaction malicieuse. Et puis Mgr Bolo a beaucoup d'esprit, parle une jolie langue, enveloppe les choses qu'il dit de gestes adroits et qui ont de la grâce. Ajoutez à cela, enfin, que, en qualité de protonotaire apostolique, Mgr Bolo porte l'habit d'évêque, et qu'entendre un orateur se moquer, sous cet habit-là, du bridge, du flirt, des pianos à queue et des instituts de beauté, c'est un régal dont les Parisiennes elles-mêmes ne jouissent pas tous les jours. Aussi pardonnent-elles à Mgr Bolo de dire beaucoup de mal de leurs salons... Ce moraliste serait tellement moins amusant, s'il était moins réactionnaire! Mgr Bolo fera deux conférences encore; et, dans trois mois, le souvenir de ces causeries fournira, sur les plages, un sujet de conversation de plus:
--Vous avez entendu Mgr Bolo?
Et l'on discutera...
Un Parisien.