Enfin, le mercredi, vers 4 heures du soir, par une pluie torrentielle, malheureusement, nous arrivions à Janina.
Les Janiniotes étaient massés sur la place. Des drapeaux français et grecs flottaient partout. Deux grands écussons portaient, l'un: «Vive la France!» et l'autre: «Vive la Grèce!»
Au milieu des acclamations répétées, le général monta à l'hôtel de l'état-major, où l'accueillit le général Danglis, qui, bientôt, le priait de se montrer au balcon: les notables de la ville avaient, en effet, exprimé le désir de le saluer.
En des discours chaleureux, ils lui dirent toute la joie qu'ils éprouvaient à être enfin libres, tout le plaisir qu'ils avaient à le remercier personnellement de la part qu'il avait prise à la préparation de leur délivrance.
Ce à quoi le général répondit très joliment qu'il n'avait fait que son devoir de Français en travaillant pour la Grèce, ainsi que le veulent les immortelles traditions de la France. Il dit encore tout le contentement qu'il avait ressenti à collaborer avec des hommes comme le soldat et l'officier grecs, et, enfin, toute l'admiration qu'il éprouvait pour l'armée hellène et son chef le roi Constantin, après leurs belles victoires de Macédoine et d'Epire.
Des cris de «Vive la France! Vive la Grèce! Vive le général Eydoux! Vive le roi!» éclatèrent, frénétiques, de toutes parts; le général Eydoux, profondément ému, s'associa à cette manifestation, dont il était visiblement touché jusqu'au fond du coeur, en acclamant à son tour et la Grèce et le roi Constantin!
Après le défilé des délégations envoyées par les corporations de la ville, le général partit pour le consulat de France. La foule l'y suivit par les rues pavoisées. De nouveaux discours allaient être prononcés.
Un journaliste ayant dit que c'était à la mission française que revenaient le mérite et la gloire des victoires grecques, le général répondit en remettant galamment les choses au point:
«Il n'est pas exact, dit-il, que la gloire des victoires hellènes revienne à la mission française. Sans doute, nous y avons quelque part, en raison de la préparation que nous avons donnée à l'armée avant la guerre. Mais, si nous avons été des maîtres très docilement écoutés, il ne faut pas oublier que ce sont les élèves seuls, avec les connaissances qu'ils venaient d'acquérir, qui ont joué leur rôle dans le grand et bel acte de cette guerre. Il ne faut pas oublier que la gloire des victoires hellènes revient avant tout à l'armée grecque et à son vaillant chef, aujourd'hui le roi Constantin!»
Et des vivats enthousiastes prouvèrent au général qu'il venait de trouver, en cette circonstance, les paroles qu'il fallait prononcer.