Après lui, M. David, député de la Dordogne, transmit à la population le salut fraternel du Parlement de France. Il sut exprimer avec éloquence les grandes sympathies de la France envers la nation hellène en général et pour l'Epire en particulier. Il parla même d'alliance indispensable et possible, entre deux pays où «tous les coeurs ont battu et battront toujours à l'unisson, chaque fois qu'il s'est agi et qu'il s'agira de combattre pour la civilisation grecque, inspiratrice de la civilisation française!»

Les jours suivants, le général et ses officiers visitèrent les champs de bataille devant Janina. Leurs impressions peuvent se résumer en cette appréciation que me donnait l'un d'eux: «Terrain horriblement difficile! Idée de manoeuvre superbe! Exécution parfaite!»

Puis ils poussèrent jusqu'à Argyrocastro. Tout le long de la route, les populations villageoises, clergé en tête, avec icônes, croix et bannières, étaient venues se masser pour saluer le général Eydoux. Les enfants des écoles chantaient l'hymne grec, puis les femmes, en costumes de fête, se mettaient à danser pour exprimer leur joie...

A Argyrocastro, l'accueil ne fut pas moins enthousiaste de la part de la population grecque. Des arcs de triomphe étaient dressés, fort simples, à la vérité, faits de deux piquets, d'une poutrelle, d'un pan de treillage où couraient quelques branches vertes, mais les ressources de ces bourgades sont bien modestes, et surtout l'excellente intention était là, suppléant au reste. Des drapeaux français et grecs partout mêlaient leurs plis. Les magasins étaient fermés en signe de fête. Le métropolite présenta le clergé, les notables, les écoles. Et ce furent encore des discours où les noms de la France, de la Grèce, du roi et du général ne furent jamais séparés et qui tous témoignaient d'un ardent amour pour la patrie retrouvée, d'une vibrante sympathie pour notre pays.

Là prit fin ce voyage intéressant. Hier, le général Eydoux rentrait à Athènes, enchanté de tout ce qu'il avait vu, et fier, plus que jamais, de l'oeuvre accomplie par l'armée grecque, préparée par lui et conduite par son roi.
Jean Leune.

UNE PROMENADE DANS LA LUNE

Tandis que l'étude topographique de la Terre vient de se compléter par la découverte du Pôle Sud, les explorateurs de la Lune ne sont pas restés non plus inactifs, et, grâce aux travaux qu'ils poursuivent depuis quelques années, nous avons aujourd'hui une connaissance de notre satellite qui est, il n'est pas exagéré de le dire, plus avancée que celle du globe sur lequel nous vivons. Si la «géographie lunaire,»--qu'on me pardonne ce barbarisme excusable par ce temps de crise des humanités--si la sélénographie, dis-je, a fait récemment ces progrès remarquables, c'est grâce surtout à la plaque photographique, qui est, comme l'a dit Jansen, la véritable rétine du savant. En l'utilisant avec les énormes et délicates lunettes que nous avons maintenant, on a pu scruter dans leurs moindres détails les étranges paysages lunaires. Ainsi, au plaisir esthétique que leur contemplation procure toujours aux amants des belles formes et des jeux ravissants de l'ombre et de la lumière, nous avons pu ajouter des enseignements pratiques du plus haut intérêt et qui nous montrent d'avance le sort réservé à notre Terre. Car la Lune, à cause de sa masse 81 fois plus faible que celle de la Terre, s'est refroidie beaucoup plus vite et a franchi avec une certaine rapidité --en quelques millions de siècles seulement--les phases fatales de l'évolution de tout astre; elle est, si j'ose dire, une Terre mort-née.


Le premier quartier de la Lune vu au grand
équatorial coudé de l'Observatoire de Paris.

Épreuve directe d'un des clichés obtenus par M. Le Morvan. Et puis, en voyage, on se lie bon gré mal gré avec les compagnons que le hasard nous donne et l'on finit par se prendre pour eux d'une affection qui, pour être née des circonstances, n'en est pas moins sincère. C'est pourquoi, dans cette sarabande silencieuse qui emporte je ne sais où les astres vagabonds, nous aimons, de tendresse particulière, notre plus proche voisine, la Lune. Elle seule presque, dans l'univers, ne nous humilie pas par une masse et une importance supérieures aux nôtres; et cela nous relève, à nos propres yeux, d'avoir dans le cortège solaire, où nous faisons si piètre figure, cette suivante muette et docile.

I. Monts Altaï.--II. Mer du Nectar.--III. Mer de la Fécondité.--IV. Golfe du Centre.--V. Mer des Vapeurs.--VI. Mer de la Tranquillité.--VII. Apennins.--VIII. Mer de la Sérénité.--IX. Mer des Crises.--X. Monts du Caucase.--XI. Mer des Pluies.--XII. Alpes lunaires.--XIII. Mer du Froid.--XIV. Monts Leibnitz.--XV. Mer de la Putréfaction.
1. Moretus.--2. Curtius.--3. Licetus.--4. Maurolycus.--5. Stoefler.--6. Orontius.--7. Gemma Frisius.--8. Walter.--9. Aliacensis.--10. Werner. --11. Purbach.--12. Zagut.--13. Piccolomini.--14. Almanon.--15. Arzachel.--16. Alphonse.--17. Ptolémée.--18. Albategnius.--19. Catherine.--20. Cyrille.--21. Théophile.--22. Godin.--23. Agrippa.--24. Jules César. --25. Archimède.--26. Aristillus.--27. Autoiycus.--28. Eudoxe.--29. Aristote.--30. Cléomède.--31. Atlas.

Et puis, en voyage, on se lie bon gré mal gré avec les compagnons que le hasard nous donne et l'on finit par se prendre pour eux d'une affection qui, pour être née des circonstances, n'en est pas moins sincère. C'est pourquoi, dans cette sarabande silencieuse qui emporte je ne sais où les astres vagabonds, nous aimons, de tendresse particulière, notre plus proche voisine, la Lune. Elle seule presque, dans l'univers, ne nous humilie pas par une masse et une importance supérieures aux nôtres; et cela nous relève, à nos propres yeux, d'avoir dans le cortège solaire, où nous faisons si piètre figure, cette suivante muette et docile.

A vrai dire, nous ne parlerons pas ici de la Lune tout entière, mais seulement de celui de ses hémisphères qui est sans cesse tourné vers nous, puisque la Lune met exactement le même temps à faire un tour complet autour de la Terre qu'à faire une rotation sur elle-même. On sait aujourd'hui très bien pourquoi il en est ainsi: de même que la Lune produit par son attraction des marées sur la Terre, celle-ci en produisait également sur notre satellite lorsque celui-ci avait encore des parties fluides. La masse de la Terre étant prépondérante, les marées lunaires étaient bien plus fortes que les nôtres. Or, naguère la Lune tournait sur elle-même beaucoup plus vite que maintenant, et la durée de cette rotation, que nous pouvons appeler «jour lunaire», n'était guère il y a quelque 56 millions d'années, que de huit jours environ, et très inférieure à la durée du mois Mais il est clair que la protubérance liquide produite sur la Lune par l'attraction de la Terre, et qui tend sans cesse à se diriger vers celle-ci, devait par suite de sa viscosité et du frottement qu'elle produisait agir comme un frein et modérer peu à peu la rotation lunaire, jusqu'à ce que la durée du jour lunaire soit précisément égale au mois, comme nous le voyons aujourd'hui. Y a-t-il quelque motif de penser que l'autre hémisphère de la Lune est très différent de celui que nous voyons? Non, et cela d'autant moins que la Lune, pour diverses raisons et notamment parce qu'elle décrit autour de la Terre non pas un cercle mais une ellipse, se présente de temps en temps à nous un peu de biais, et a une sorte de balancement autour de son centre apparent, qu'on nomme libration, et qui nous montre et nous cache alternativement les régions situées près des bords. De la sorte, nous connaissons maintenant à peu près les 6/10 de sa surface totale, et c'est eux que je convie mes lecteurs à visiter rapidement avec moi.