Toutes les grandes firmes s'y rencontrent, y rivalisent,--toutes, excepté la plus fameuse: la maison Krupp. Nous nous en serions étonnés si nous ne venions d'apprendre qu'elle a, pour provoquer les grosses commandes, des moyens moins fragiles, des voies plus directes, des intermédiaires plus discrets que le numéro sensationnel du doyen des illustrés allemands. Et d'ailleurs, ne serait-ce pas en définitive pour le profit surtout de la maison Krupp, qui s'impose en presque toutes ces matières, qui défie toutes les concurrences, que ce numéro entier aurait été conçu? Quelle adresse suprême alors de n'y être même pas nommée!

Toute cette partie publicité est truffée de croquis de machines, de portraits d'industriels, de tableaux de genre figurant divers épisodes de la vie du soldat. Et, de ces 124 pages, se dégage l'impression formidable que toute l'activité usinière de l'empire, que tout le labeur de la nation allemande ne tendent qu'à une fin: l'humiliation des autres peuples.

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Telle est pourtant l'accoutumance universelle à l'incessante menace pangermaniste qu'une pareille manifestation, si caractéristique qu'elle soit, étonne à peine.

Quelle sensation profonde au contraire ne provoquerait pas L'Illustration si, en une période de difficultés internationales et de recrudescence des armements, elle lançait un numéro quintuple bondé d'articles militaires, de poèmes tyrtéens, de publicité patriotique pour engins de guerre nationaux, et si le gouvernement de la République prenait à cette publication la part qu'a prise le gouvernement impérial au Deutsche Wehr-Nummer, de notre confrère allemand, en même temps qu'il présentait au Reichstag un projet de loi augmentant encore les effectifs et le budget de l'armée!

N'est-ce pas alors qu'on crierait, de l'autre côté du Rhin, au chauvinisme français, aux provocations, à l'esprit d'agression de la France!

Mais, dans ce pays chauvin, agressif et provocateur, quand un grand illustré comme le nôtre fait paraître un numéro exceptionnel, c'est seulement parce que la douce fête de Noël approche. L'art seul y participe, et si quelque détail martial s'y glisse, c'est tout au plus l'armure aux ciselures étincelantes de l'Homme au casque d'or de Rembrandt. On le connaît bien en Allemagne: il est au musée de Berlin.

LES FUNÉRAILLES DE L'IMPÉRATRICE DE CHINE.
--L'arrivée du catafalque dans la cour intérieure de la gare de Pékin.

Phot. F. Caissial.

La jeune République chinoise a fait, dans les premiers jours de ce mois, des funérailles solennelles à l'impératrice Long Yu. Ces honneurs posthumes étaient bien dus à celle qui, docile aux conseils des hommes d'État amenés au pouvoir par la révolution, avait décrété le gouvernement par le peuple et mérité ainsi le titre imprévu de «fondatrice du nouveau régime». Mais, si les obsèques eurent un caractère imposant, la pompe n'en fut pas réglée conformément aux rites anciens: ce n'est point par une route spécialement construite que la bière contenant la dépouille de l'impératrice a été transportée du palais de Pékin aux tombeaux de l'Ouest,--mais par chemin de fer. Du moins la cérémonie a-t-elle encore rappelé, par certains détails pittoresques, les coutumes funèbres d'autrefois.