A propos des îles, les Grecs ont affaire aux grandes puissances. Aucune difficulté en ce qui concerne la Crète; elle leur est accordée. Mais ils réclament, en outre, la possession définitive de toutes les îles de la mer Egée, y compris celles occupées par l'Italie pendant la guerre de Tripolitaine. Comme ils ne peuvent pas agir directement contre les Italiens pour les expulser, les Grecs s'en remettent à l'action de la Triple Entente, qui a déjà exprimé l'opinion que ces îles devaient revenir à la Grèce, comme ayant une population grecque. Quant aux îles occupées par la Grèce et qui se trouvent près de la Turquie d'Asie et des détroits, les puissances de la Triple Alliance les refusent à la Grèce sous prétexte de ne pas mettre en danger la puissance turque en Asie, mais les Grecs font remarquer que ces îles ont une population hellène et que ce sont les seules qui présentent pour eux un réel intérêt, puisque, en dehors de ces îles, il ne s'agit que de quelques rochers inhabités. Deux îles surtout tiennent au coeur des Hellènes: Mytilène, avec 115.000 Grecs, et Chio avec 70.000.

LES PRÉTENTIONS SERBES

Le conflit entre Serbes et Bulgares est aussi aigu que celui entre Grecs et Bulgares. Il est rendu plus délicat encore par l'existence d'un traité d'alliance sur l'interprétation duquel on n'est pas d'accord actuellement à Belgrade et à Sofia.

«Il faut bien comprendre, disent les Serbes, que Je traité du 12 mars 1912 n'envisageait pas exclusivement une guerre devant amener un partage définitif des territoires turcs. Quand nous avons signé, il s'agissait surtout d'obtenir de la Turquie l'application des réformes promises à la population macédonienne par le traité de Berlin, et, par conséquent, de nous mettre d'accord sur la délimitation éventuelle des futures provinces autonomes. Toutefois, il était prévu que l'action diplomatique pourrait échouer et qu'une guerre éclaterait. Dans ce cas, on a envisagé le partage de la Macédoine. Voici comment on a procédé. Le traité serbo-bulgare a d'abord délimité deux zones de territoires incontestés, l'une serbe, l'autre bulgare, la région située entre ces deux zones formant le territoire contestable. Comme le montre la carte, la région bulgare incontestée se trouvait à l'est de la ligne suivant d'abord la chaîne des Rhodopes et ensuite la Struma pour aboutir au fond du golfe d'Orfano. La zone serbe incontestée était bornée par une ligne partant de la frontière serbo-bulgare, passant par les monts du Karadagh, du Char Planina, donc nous attribuant tout le vilayet de Scutari, sous la seule condition que nous, Serbes, en fissions la conquête effective, et aboutissant à l'Adriatique bien au sud de Durazzo.

«Quant à la zone contestable, elle avait, elle-même, été délimitée dans une certaine mesure par une ligne partant du point de jonction des frontières serbo-bulgares et passant ensuite à l'ouest de Kuprulu (Velès) pour aboutir au sommet du lac d'Okrida. Toute la portion à l'est de cette ligne était considérée comme plutôt bulgare, mais il était entendu qu'en cas de contestation on recourrait à l'arbitrage de l'empereur de Russie.

«Voilà ce que disait le traité. Dans l'intérêt commun des alliés et spécialement des Bulgares, nous avons fait beaucoup plus que notre accord ne nous le prescrivait. Nous avons mobilisé 360.000 hommes au lieu de 150.000. Les Bulgares devaient même nous aider avec 100.000 hommes dans la région du Vardar. Nous avons dû nous en passer. N'est-il pas évident que, du fait de son plus grand effort en Macédoine, la Serbie a puissamment soulagé la Bulgarie qui a pu employer toutes ses forces dans la vallée de la Maritza et marcher sur Tchataldja? Aurait-elle pu le faire si elle avait envoyé 100.000 hommes en Macédoine?

«Il y a encore un point fort important à mettre en lumière. D'après notre traité d'alliance, la Bulgarie était tenue d'envoyer au secours de la Serbie 200.000 soldats bulgares, si elle était attaquée par l'Autriche. Cédant aux conseils des puissances amies, nous avons évité un conflit avec l'Autriche. Nous avons ainsi renoncé au vilayet de Scutari avec Durazzo que nous avaient abandonné les Bulgares et, comme conséquence, nous ne leur avons pas demandé leur concours contre l'Autriche. Les Bulgares ne doivent-ils pas nous indemniser de notre renonciation à un droit qui a entraîné l'abandon de nos prétentions essentielles sur la côte de l'Adriatique? Rotez encore que la guerre a été prolongée pour nous d'au moins cinq mois dans le seul intérêt de la Bulgarie. Après la bataille de Lulé-Bourgas, la paix aurait été possible si les Bulgares n'avaient pas maintenu toutes leurs exigences. Or, nous les avons aidés à les soutenir. Alors que notre traité ne nous y obligeait nullement, nous leur avons donné 50.000 hommes pendant toute la durée du siège d'Andrinople. Nous avons aussi fourni du matériel de siège et supporté des dépenses supplémentaires.


Maximum des prétentions serbes.
Le grisé indique les territoires que la Serbie, ayant dû renoncer au nord de l'Albanie, réclame en Macédoine et que lui contestent les Bulgares et les Grecs.--Pour la signification des lignes de points, traits et croix, se reporter à la carte générale de la page précédente.

Maximum des prétentions bulgares.
Le grisé indique les territoires que les Bulgares réclament à l'ouest en vertu de leur traité avec les Serbes, et au sud en contestant aux Grecs Salonique et une partie de la Macédoine.-Pour la signification des lignes de points, traits et croix, se reporter à la carte générale de la page précédente.

Enfin, dernière considération, grâce à notre concours, les Bulgares obtiennent beaucoup plus de territoires qu'ils ne l'espéraient eux-mêmes.

«Pour tous ces motifs, nous nous adressons à la Bulgarie et lui proposons, dans l'intérêt de l'entente balkanique, de partager les territoires conquis non pas d'après un traité dont nous avons largement outrepassé les obligations, mais d'après l'équité. Or, l'équité n'est-elle pas indiquée par une ligne suivant à peu près les territoires occupés par nous, Serbes; par exemple, par une ligne partant au sud-est d'Egri-Palanka et laissant Istip aux Bulgares, coupant le lac de Borijan et allant ensuite rejoindre la frontière des Grecs avec lesquels nous nous arrangerons toujours, bien que, comme nous, ils prétendent à Monastir, et que nous ne soyons pas encore d'accord sur d'autres points.