Les Monténégrins entrent dans Scutari. Entrée du prince Danilo et de ses officiers.
L'OCCUPATION DE SCUTARI PAR LES MONTÉNÉGRINS.--Les femmes
jettent des fleurs sur le passage de l'automobile du prince Danilo
rapportant à Cettigne les drapeaux turcs pris à Taraboch.--Phot. H. Grant, du Daily Mirror.
UNE JOURNÉE GLORIEUSE POUR LES ARMES MONTÉNÉGRINES: LES ÉTENDARDS ROYAUX DÉPLOYÉS SUR LA CIME DU TARABOCH
Ce fut pour le Monténégro un jour de grande allégresse, l'un des plus heureux de toute son héroïque histoire que celui où, sur le sommet du Taraboch, arrosé de tant de sang, les étendards rouges où s'éploie l'aigle d'argent dominèrent le lac paisible, l'opulente plaine qu'égaient de claires arabesques la Bojana, le Brin et le Kiri,--et surtout Scutari, enfin conquise au prix d'un si vaillant effort. Jour de joie sans lendemain, hélas! Sous la pression des puissances, solidarisées avec l'implacable Autriche, le pauvre et vaillant petit pays a dû abandonner sa conquête, la remettre à l'Europe: dans quelques jours, des détachements de marins débarqués des navires qui bloquent toujours les côtes monténégrines, assureront la police de Scutari. Cet abandon imposé, inéluctable, a été discuté au cours d'un conseil solennel de la Couronne, auquel assistèrent tous les princes de la famille royale, les ministres, les hauts dignitaires civils, et qui dut être étonnamment pathétique. En une première séance, le roi écouta les avis, d'aucuns--et ceux des généraux en tête--conciliants, pacifiques; d'autres--ainsi celui du prince héritier Danih, qui a joué dans toute cette guerre un rôle éminent--intransigeants, préconisant la résistance désespérée. A l'ouverture de la séance suivante, Nicolas 1er Pétrovitch fit connaître sa décision: «Il me faut consentir à l'évacuation de Scutari, de cette Scutari qui était le rêve le plus cher de mes jeunes années, de cette Scutari qui était à la fois pour les Monténégrins et l'héritage ancestral et le gage d'un avenir plus heureux.» Et, quand il eut, de sa main, rédigé et signé le télégramme annonçant ce renoncement, le vieux héros de l'indépendance pleura.
HEURE DE TRIOMPHE.--Les clefs de Scutari dans une main,
le roi du Monténégro déploie de l'autre, devant ses sujets, un drapeau pris aux Turcs.