On n'eut qu'un court répit: à 9 heures du soir, les Béni bou Yahi, auxquels on avait affaire, livraient un nouvel assaut plus furieux. Ils arrivaient presque aux tranchées: un tirailleur, Saïd Sahar, fut tué à bout portant. Le combat, violent, mouvementé, ne prit fin qu'à une heure du matin.

Nos troupes avaient à peine eu le temps de souffler un peu et de se remettre de ces alertes, quand, dans l'après-midi du 10, vers 2 heures, des coups de feu, de nouveau, partirent d'une crête. Le capitaine Doreau, à la tête d'un détachement de la 2e compagnie du 1er étranger, fut envoyé pour occuper cette position. Les Béni bou Yahi lentement reculèrent vers le Guilliz, poursuivis par les légionnaires. Mais cette retraite cachait une embuscade.

Tout à coup, la petite troupe se vit entourée, cernée de toutes parts, accablée par une horde sept à huit fois supérieure en nombre. Le capitaine Doreau, en vain, voulut ramener ses hommes; c'était bien tard, et le cercle se resserrait.

Dès le premier moment, le lieutenant Grosjean, qui transmettait l'ordre du capitaine, était frappé d'une balle sous l'omoplate. Le feu des nôtres ne parvint pas à arrêter l'élan de l'ennemi, qui continuait à progresser. Alors, le capitaine donna l'ordre suprême: «En avant! à la baïonnette!» Ce fut sa dernière parole: une balle en pleine tête le foudroyait.

Carte de la région voisine de la Moulouya où opèrent nos
troupes du Maroc oriental.

Sur les rives de la Moulouya: au premier plan, ruines de la casbah de Merada; au centre, les montagnes du Guilliz, et, tout à l'arrière-plan, le moyen Atlas.--Phot. Georges Ancelm.

NOS PROGRÈS DANS LE MAROC ORIENTAL.--Sur les bords de l'oued Mellélou, à Safsafat, notre poste le plus avancé dans la direction de Taza, au sud de la casbah M'Soun.--
Phot. du lieut. Durdilly.