LA POLITIQUE AU MEXIQUE
A la veille de la réunion du congrès qui doit procéder à l'élection régulière du président de la République mexicaine, les troubles renaissent en ce pays qui, après avoir été si longtemps maintenu dans l'ordre par la poigne de fer de Porfirio Diaz, semble revenir à la tradition des pronunciamentos. On considère, néanmoins, jusqu'à présent, que le neveu de Porfirio, le général Félix Diaz, qui, avec le général Huerta, fit la dernière révolution, conserve les plus grandes chances d'être élu. En attendant, c'est le général Huerta qui continue de détenir le pouvoir. C'est--il l'a prouvé--un homme rude, et que les scrupules de légalité embarrassent peu. On le dit habile à pratiquer la politique intérieure mexicaine. En tout cas, il a réussi à amener à composition le fameux général Orozco, celui-là même dont nous avons publié récemment le portrait, un fusil à la main et une cartouchière à la ceinture. Les rebelles d'Orozco étaient en principe des gens paisibles, puisqu'ils réclamaient simplement l'application des lois agraires! Le général Huerta lui-même n'en dut pas moins tenir contre eux dans le Nord une campagne très pénible ces derniers temps. Enfin, les deux ennemis se sont réconciliés. Le 17 mars dernier, au palais présidentiel, Orozco, en redingote, a reçu de son ex-adversaire une large accolade, à la mode hispano-américaine.
Ce qui ne veut pas dire, hélas! que la révolution soit terminée. Le chef Zapata, et d'autres chefs, inconnus hier, et peut-être gouverneurs ou ministres demain, tiennent de nouveau la campagne. Un récent télégramme annonçait le pillage d'un train et le massacre des voyageurs. Aussi tous les Mexicains d'ordre et de travail et les étrangers souhaitent-ils qu'un gouvernement ferme, sinon une dictature, soit rétabli sans tarder et que l'on puisse à nouveau connaître la sécurité que sut maintenir la longue présidence de Porfirio Diaz.
LA TOURNÉE DE M. SILVAIN
Le sociétaire de la Comédie-Française
en voyage: M. Silvain.
C'est le propre des incidents de théâtre d'être aussi retentissants que promptement oubliés... Peut-être a-t-on déjà un peu perdu le souvenir des démêlés qu'eut, le mois dernier, au moment de son départ pour une longue tournée, M. Silvain avec la Comédie-Française. Ayant commencé son voyage par quelques villes du Midi, l'excellent tragédien, sociétaire infatigable, dut par deux fois, et à deux jours d'intervalle, regagner Paris pour y venir jouer Louis XI. Et l'on a pu calculer que le vice-doyen de la Maison avait ainsi parcouru plus de 3.000 kilomètres en quatre-vingt-onze heures,--record que n'aurait point permis l'antique chariot de Thespis.
Depuis lors, la tournée de M. Silvain en Algérie et en Tunisie s'est poursuivie sans encombre. C'est de Guelma que nous arrive aujourd'hui l'écho de ses succès. Il y a représenté, le 1er mai, sur la scène du théâtre romain de Calama, une oeuvre dont il est l'auteur, en collaboration avec M. Jaubert, l'Andromaque d'Euripide, traduite et adaptée par leurs soins. L'éclat de l'interprétation, en tête de laquelle figurait, aux côtés de M. Silvain dans le rôle du vieux Pelée, Mme Louise Silvain en Andromaque, la nouveauté de la pièce, non encore donnée en public, avaient attiré de nombreux spectateurs, qui firent fête aux deux artistes et à leur troupe. Une de nos photographies montre une scène de la pièce, dans un décor adroitement reconstitué, où l'on voit, à gauche, le palais de Néoptolème et à droite le temple de Thétis, à Phtie, en Thessalie.
Une représentation d'Andromaque (d'après Euripide) au
théâtre romain de Calama: Mme Silvain, sur les marches du temple de Thétis.