Certes, l'importance de l'emploi d'un appareil léger pour le combat rapproché pour le feu d'infanterie n'avait pas échappé à notre commandement, mais les dépenses budgétaires, la difficulté de réaliser un matériel pratique et les enseignements parfois contradictoires des guerres récentes imposaient la prudence.
Depuis trois ans, le commandant de Lavenne de Choulot, du 143e d'infanterie, cherche à appeler l'attention sur cette question. Il a présenté successivement deux projecteurs légers pour être utilisés au Maroc. Dans l'Afrique du Nord, la transparence de l'air augmente le pouvoir éclairant et permet d'employer un calibre moins fort que sur le continent; en outre du grand effet moral qu'il produit sur les indigènes, le faisceau lumineux du projecteur permet de découvrir un groupe ennemi à partir de 1.000 mètres et un homme seul à 700 mètres, on devine quel concours précieux il apporte au fusil, à la mitrailleuse et même au canon, il diminue les chances de surprises et contribue au repos du soldat au camp. Il peut aussi rendre des services pour les communications optiques et faciliter l'atterrissage des aviateurs pendant la nuit.
En collaboration avec le capitaine Penchenier, du parc d'artillerie d'Oran, le commandant de Choulot a présenté un troisième modèle qui fut reçu par la section technique d'artillerie. M. Millerand, alors ministre de la Guerre, mit à la disposition du général Alix, commandant des troupes du Maroc oriental, une section mixte de projecteurs légers qui comprend deux postes photo-électriques, un à dos de mulets et l'autre sur charrette marocaine.
Chaque poste se compose d'un projecteur rappelant ceux de nos torpilleurs, mais bien plus léger, d'un groupe électrogène démontable, de divers accessoires indispensables dans un pays dénué de ressources comme l'Afrique du Nord, et le combustible pour cinquante heures d'éclairage.
Les premières expériences ont eu lieu à la fin du mois de mars avec le groupement mobile du général Girardot dans la plaine de Marhouf au nord de la Gada de Debdou et ont donné pleine satisfaction; elles vont être continuées sous peu dans le Maroc occidental où M. Etienne, ministre de la Guerre, a décidé d'envoyer à bref délai quatre appareils du système du commandant de Choulot.
Les nouvelles des derniers engagements des troupes du général Alix dans la région de la Moulouya nous apprennent que les projecteurs légers y furent utilisés avec fruits. Au cours d'un des combats du mois dernier, notamment dans la nuit du 9 au 10 avril, à Nekhila, un des projecteurs, installé à l'angle sud du bivouac, près des tentes du 1er régiment étranger, fut exposé de 0 heures à minuit 15 aux tirailleries des Marocains; il permit de les découvrir aux moyennes distances de tir (600 m.), et lorsque, plus tard, ils se furent glissés dans un ravin d'où ils pouvaient se jeter sur le camp. Les Marocains surpris et furieux de ne pouvoir sortir sans être exposés aux feux des défenseurs, couvrirent de balles l'abri du projecteur, sans atteindre ce dernier.
Le lendemain, on ramassait sur le sol, en avant du camp, des douilles de cartouches modernes, des papiers de paquets de cartouches françaises volées ou emportées par des indigènes déserteurs et des balles à chemise de cuivre, et des cartouches de Mauser espagnol.
Projecteur installé à l'un des angles du bivouac de
Nekhila, à proximité d'une section de mitrailleuses.