Horace a vécu pendant trente ans dans sa villa de Licenza et y a écrit beaucoup d'odes. Il y courut deux dangers mortels: il fut attaqué par un loup dans une forêt du Lucretile, et risqua, une autre fois, d'être écrasé par un grand noyer qui faillit tomber sur lui. Pour témoigner sa reconnaissance d'avoir été sauvé de ce second péril, le poète sacrifia dès lors chaque année un chevreau aux dieux des forêts.

Dans les environs de sa villa, Horace possédait cinq autres propriétés; aussi pouvait-il être représenté au Conseil de Varia par cinq chefs de famille. Ses domaines se trouvant sur les bords de la Digentia, le poète connut certains des ennuis inhérents à la propriété rurale: il se plaint, en effet, d'avoir souvent à remettre en état ses terrains, dévastés par les eaux grossies du torrent. D'autre part, on peut voir un mur de clôture, qu'il dut faire construire afin de protéger ses moutons contre les incursions des loups, nombreux dans les bois touffus du Lucretile.

Vallée de la Licenza, dans les monts de la Sabine.

Il est intéressant de noter que les traditions populaires ont toujours gardé le nom de villa d'Horace au verger planté d'oliviers et de noyers oit l'on a entrepris les fouilles avec tant de succès.

Horace, comme Agrippa et Mécène, légua son patrimoine à Auguste lui-même. Ses terrains devinrent donc biens impériaux. Grâce au respect inspiré par le nom d'Horace, la villa resta intacte, tandis qu'on bâtissait à côté un établissement de bains publics, qu'il eût été plus aisé de construire sur les fondements mêmes de la maison du poète.

La villa d'Horace forme un rectangle parfait, autour duquel un mur d'enceinte à contreforts devait empêcher les glissements de terre. Le jardin, qui occupe environ les quatre cinquièmes du terrain, est lui-même entouré d'un cryptoportique (ou galerie voûtée) et contient une très vaste piscine. Devant la maison, qui est un peu plus élevée que le jardin, et à laquelle on accède par quelques gradins, te cryptoportique existe aussi, afin de donner plus de fraîcheur en été. Le bâtiment est divisé en deux parties, dont l'une, à droite, est réservée aux maîtres. Dans l'autre habitaient le villicus et les esclaves. Dans la première partie se trouvent plusieurs chambres à coucher et un grand triclinium. Les mosaïques de toutes ces salles sont de marbre finement travaillé et rappellent la belle époque d'Auguste, tandis que celles des chambres réservées aux serviteurs sont d'un travail beaucoup plus grossier. A côté de ces chambres, séparés par un corridor, se voient les bains avec caldarium pour hommes et pour femmes. Le cryptoportique était pavé de petits carrés de marbre, alternant avec des morceaux de palombino (qui est un calcaire du pays). Les piliers étaient de marbre. La grande piscine, située au centre du jardin, a deux mètres de profondeur.

Le «frigidarium» transformé plus tard en crypte: sur la
hauteur, le château de Licenza.

De beaux marbres ont été retrouvés à l'intérieur de la maison. Malheureusement, en 1857, l'abbé Marco Tulli, archiprêtre de Licenza, voulant y construire une église, fit faire des fouilles sur l'emplacement de la villa d'Horace, et, avec les marbres mis à jour, fabriqua la chaux qui lui était nécessaire. Les murs sont faits en reticolato (matériaux prismatiques donnant aux surfaces l'aspect d'un réseau), caractéristique de l'époque d'Auguste. Encore faut-il remarquer que, tandis qu'à Rome le reticolato est en tuf, il est, ici, taillé dans du calcaire très dur. C'est donc intentionnellement qu'on l'a employé, afin d'être en rapport avec l'architecture. La villa n'a subi dès lors aucune reconstruction.