EN MÉMOIRE DES CINQ HÉROS.--Croix érigée par l'équipage du Terra-Nova
sur la hauteur dite Observation Hill, voisine des quartiers d'hiver du Cap Evans.
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La fin de l'été antarctique approche; il n'y a donc pas de temps à perdre. Reprenant le chemin du retour, à toute vitesse la caravane dévale le plateau polaire; un jour, elle réussit même à couvrir 33 kilomètres. Si cette allure pouvait être maintenue, Scott serait sauvé; mais, à peine en route, Evans commence à faiblir, et de jour en jour son état empire. Presque incapable de se tenir debout, le malheureux fait une chute grave; après cet accident, la traversée de la zone de neige molle, au nord du Cloudmaker, achève de l'épuiser, et, le 17 février, au pied du glacier Beardmore, il tombe pour ne plus se relever.
L'aller. Le retour.
TOUTE L'EXPÉDITION DU CAPITAINE SCOTT RÉSUMÉE EN DEUX IMAGES SCHÉMATIQUES Dessin de L. Trinquier.--L'itinéraire de gauche doit être suivi de haut en bas; celui de droite, de bas en haut.
l'agonie de la caravane
L'agonie de la caravane commence. Sur la Grande Barrière, le froid acquiert une rigueur extrême, et, sous l'influence de cette basse température, la couche de neige devient pulvérulente comme du sable. Les étapes sont par suite très lentes, et cette lenteur amène la famine. Les dépôts échelonnés à des intervalles de 110 kilomètres renferment juste le nombre de rations de vivres nécessaires à une escouade pour couvrir cette distance, en marchant à raison de 16 kilomètres par jour. Or, par suite du mauvais temps régnant, de l'état déplorable de la piste et de la fatigue, la petite troupe ne peut soutenir pareil train. Parfois, en 24 heures, elle franchit à peine 3 kilomètres. Avec cela, le 16 mars, Oates est à bout de forces. Les pieds et les mains gelés, le voilà maintenant, pauvre masse presque inerte, à la charge de ses compagnons défaillants. Dans cette conjoncture, il connaît son devoir, il l'a formulé lui-même, devant des amis, avant son départ pour l'Antarctique. En une pareille entreprise, avait-il déclaré, tout homme qui tombe malade et de ce fait met en péril la vie de ses camarades doit avoir le courage de disparaître. Oates est de ceux dont les actes ne démentent pas les paroles: réunissant ses dernières forces, il se lève, sort de la tente, et disparaît dans le blizzard, afin de libérer ses camarades.
Malgré la violence de la tempête, les trois survivants se remettent aussitôt en route. Le gros dépôt du One Ton Camp n'est plus loin, et là est le salut. Après cinq nouvelles étapes terribles, au moment de toucher le but, l'ouragan oblige les malheureux affamés à camper. Ils n'ont plus que deux jours de vivres, en comptant toutes les miettes soigneusement ramassées au fond des caissons. D'ici là la tempête mollira... tout espoir n'est donc pas perdu. Dans l'attente anxieuse quarante-huit heures se passent, mais jamais le vent n'abat; toujours l'ouragan souffle comme un hululement de mort... Maintenant plus rien à se mettre sous la dent; c'est la famine complète. Dans l'hallucination que produit la faim, ces héros revivent leur admirable épopée; en rêve, comme une gloire céleste, ils revoient ce pôle pavoisé de l'Union Jack pour lequel ils ont sacrifié leurs vies; puis, peu à peu, leurs forces défaillent...