Huit mois plus tard, le 12 novembre 1912, un détachement, parti des quartiers d'hiver à la recherche des disparus, découvrait leur tente et auprès d'elle leur traîneau, au milieu de la grande solitude. Contre cette pauvre petite chose perdue dans cette immensité, unique saillie au centre de la plaine infinie, les blizzards de l'hiver avaient épuisé vainement leur violence. A peine la toile de la tente avait-elle un peu fléchi. La neige, sèche comme une poussière, l'avait fouettée éperdument sans s'y accrocher jamais, sans s'amonceler contre l'obstacle.
De loin, c'était simplement un campement abandonné... Le chef du groupe avance le premier, tête nue, et, soulevant la portière de l'abri, il découvre la chambre funèbre. Un simple coup d'oeil permet aux assistants émus de reconstituer le dernier acte du drame.
Le capitaine est là, près du seuil, étendu tout de son long sur son sac de couchage, tandis que Wilson et Bowers reposent dans leurs sacs. Ils ont donc succombé les premiers, et, malgré sa propre faiblesse, leur chef a trouvé l'énergie de les ensevelir dans ces suaires de fourrure, en attendant que la mort vienne le prendre à son tour. Tous ont gardé un air calme et semblent dormir. Wilson, raconte le lieutenant Gran, du détachement de secours, était placé juste en face de l'entrée, à moitié dressé, le buste appuyé contre la paroi de la tente, le visage éclairé par un doux sourire; on eût dit qu'il allait s'éveiller. Même dans la mort, l'excellent docteur, le boute-en-train de l'expédition, avait gardé son amabilité habituelle; il semblait avoir accueilli la triste visiteuse avec son affabilité coutumière... «Ce sourire sur cette bonne physionomie à jamais glacée, ajoute Gran, nous fendit le coeur, et devant ce spectacle profondément navrant nous demeurâmes tous comme pétrifiés.»
Le matériel de la tente, les échantillons géologiques, les registres d'observation, les carnets de notes, et tout d'abord l'émouvant message de Scott au peuple anglais qui a été placé bien en évidence, sont pieusement recueillis. Ensuite on récite les prières des morts; puis, enlevant les piquets de la tente, on laisse retomber la toile sur les dépouilles des trois héros. Par-dessus ce linceul, des blocs de neige et de glace sont entassés sur une hauteur de cinq mètres, et, au sommet de ce monticule, les quatre Anglais plantent une simple croix faite de deux skis entre-croisés, suprême hommage aux morts qui reposent là où ils sont tombés.
Le retour en Nouvelle-Zélande, pavillon
en berne, du navire de l'expédition, le
Terra-Nova.
LES DERNIERES LIGNES ÉCRITES PAR LE CAPITAINE SCOTT
L'expédition Scott demeurera un de ces magnifiques exemples de courage et de grandeur morale qui honorent l'humanité entière. Qui ne se sentira pris d'une profonde admiration pour ce chef de mission qui, dans les affres de la mort, trouva encore la force d'exalter la grandeur de son pays dans cette page si simple, si surhumainement émouvante et désormais immortelle:
Notre désastre est dû, écrit Scott mourant, non à des vices d'organisation, mais à la malchance dans toutes les situations difficiles dont nous avions à triompher.
1° La perte de poneys survenue en 1911 m'obligea à partir plus tard que je ne l'avais tout d'abord résolu et réduisit la quantité de vivres que nous emportâmes.