2° Le mauvais temps à l'aller, notamment la longue tourmente éprouvée sous le 83° de latitude, retarda notre marche.
3° La neige molle sur les pentes inférieures du glacier Beardmore ralentit encor: nos progrès.
Avec énergie, nous avons lutté contre ces circonstances adverses et en sommes venus à bout, mais au prix de larges prélèvements sur nos vivres de réserve. Approvisionnements, vêtements, organisation de la longue file de dépôts établie sur le plateau et sur la route du Pôle, longue de 1.300 kilomètres, tout nous a donné pleine satisfaction.
Notre groupe aurait rallié le glacier Beardmore en parfait état et avec une réserve de vivres, sans la défaillance extraordinaire d'Evans, le dernier que nous nous attendions à voir faiblir.
Jamais des êtres humains n'ont souffert autant que nous pendant ce dernier mois; en dépit du mauvais temps, nous aurions cependant réussi à passer, sans la maladie du capitaine Oates, sans la diminution de la provision de combustible contenue dans les dépôts, diminution inexplicable, sans, enfin, ce dernier ouragan. Il nous a arrêtés à 20 kilomètres du dépôt où nous avions l'espoir de trouver les vivres nécessaires.
Eut-on jamais plus mauvaise chance? Nous sommes arrêtés ici, à 11 milles (20 kilomètres) du dépôt du One Ton Camp, n'ayant plus que deux jours de vivres et du pétrole pour préparer un seul repas.
Nous sommes faibles; je peux à peine tenir la plume. Pour ma part, je ne regrette pas d'avoir entrepris cette expédition; elle montre l'endurance des Anglais, leur esprit de solidarité, et prouve qu'ils savent regarder la mort avec autant de courage aujourd'hui que jadis.
Nous avons couru des risques; nous savions d'avance que nous allions les affronter.
Les choses ont tourné contre nous; nous ne devons pas nous plaindre, mais nous incliner devant la décision de la Providence, résolus à faire de notre mieux jusqu'à la fin.
Si dans cette entreprise nous avons volontairement donné nos vies, c'est pour l'honneur du pays. J'adresse donc un appel à mes compatriotes et les prie de veiller à ce que ceux dont nous étions les soutiens ne soient pas abandonnés.