La petite ville de Chimara, qui avait su rester grecque
même sous la domination turque.

Des vivats: Zito Hellas! Zito Gallia! Zito Enossis! (Vive la Grèce! Vive la France! Vive l'Union!) saluent ces paroles. Ce sont des cris qui deviendront vite familiers aux oreilles de M. René Puaux, car ils retentiront sur sa route à chaque étape, à Saint-Basile, à Loukovo, à Pikerni, à Chimara, à Delvino, à Argyrocastro, où s'y mêlera même le cri de Zito Chronos! (Vive le Temps!).

Un cortège se forme «marchant à la file indienne, vu l'étroitesse du sentier, les drapeaux grecs et français en avant».

On entre dans le village. Hélas! c'est un amas de ruines:

«Les Albanais, au soir du 13 décembre dernier, ont mis le feu à la plupart des maisons que leurs habitants avaient hâtivement quittées à leur approche. Il resta cinq vieilles femmes impotentes et deux vieillards qui furent jetés dans le brasier. De leurs enfants qui étaient demeurés avec eux, l'un fut assassiné dans la chambre même où j'écris.»

Et à ce village de décombres il ne demeure qu'une parure, le séculaire platane de sa grand'place, à l'ombre duquel, aux jours calmes, on se réunit pour causer ou rêver.

Cet enthousiasme pour la Grèce comme ces visions d'horreur eurent vite fait de convertir M. René Puaux aux convictions de ces braves gens, à leurs espoirs. Avec eux, il croit fermement qu'ils ne peuvent plus être abandonnés comme des otages aux fureurs de leurs oppresseurs albanais. «Ce n'est pas, proclame-t-il dès les premiers pas qu'il fait parmi ces Hellènes de coeur, ce n'est pas le gouvernement grec qui veut l'annexion de l'Epire, ce sont les Epirotes qui réclament leur union à la Grèce.»

Un vieux Chimariote.

Ses dernières haltes ne font que l'ancrer plus profondément dans cette conviction.