A Chimara, où les hommes vont bardés de cartouchières et le fusil au poing et où les querelles mortelles devraient être fréquentes, il admire le régime paternel des «démogéronties», conseils de vieillards administrant les affaires en commun, qui réussissent, à force de sagesse, à maintenir parmi ces belliqueux une paix relative. Et les droits de cette petite ville à la nationalité grecque lui paraissent plus sacrés encore que ceux d'aucune autre:

«Les droits de Chimara à l'union avec la Grèce sont autant motivés par ses traditions, son patriotisme, que par sa situation géographique et économique. C'est le dernier clou planté au pavillon bleu et blanc en haut de la hampe de la côte d'Epire; mais il est si bien enfoncé qu'aucune tempête ne pourra l'arracher; l'étoffe tout entière cédera plutôt!... Chimara ne peut pas ne pas être grecque, parce qu'elle l'est déjà. Les Chimariotes sont célèbres dans tout le royaume hellénique. On les cite en exemple de patriotisme. Ils ont droit aujourd'hui à la récompense de leur attachement à la mère patrie.»

Quand, enfin, il a été témoin des manifestations de respect, d'attachement, d'amour, dont fut l'objet, à Korytza, le nouveau diadoque, visitant la contrée conquise, il lui sembla bien décidément que la voix de ce peuple était la voix de Dieu lui-même.

EN ÉPIRE HELLÈNE.--La côte d'Epire, le canal de Corfou,
et l'île, de Corfou elle-même à l'horizon, vus de Chimara.
--Photographies René Puaux.

CE QU'IL FAUT VOIR

LE PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER

Il faut voir l'exposition des Chiens. Il faut même se presser de l'aller voir, car elle sera fermée dans trois jours.

A dire vrai, cette exposition n'embellit pas le coin de Paris où elle est placée. Aux Tuileries, sur cette admirable terrasse du Bord de l'eau devant laquelle la place de la Concorde déploie le plus somptueux de nos panoramas parisiens, s'alignent les baraquements bas de fer et de toile grise où sont retenus prisonniers--pour leur gloire!--nos plus beaux chiens. Le long des cages grilles, de la paille s'éparpille, des gamelles traînent, des pancartes-réclames de biscuits et de produits «désodorisants» sont accrochées. Des joueurs de cors de chasse soufflent leurs airs mélancoliques sur un parterre de petites tables autour desquelles des buveurs sont assis. L'Orangerie sert d'asile à un petit Salon de peintres de chiens et de sculpteurs pour chiens, que continue, au dehors, l'exposition en plein vent des vêtements, des colliers, de la pharmacie, des nourritures de chiens...

Et cela aurait la vulgarité des pires fêtes foraines, si deux attractions de qualité supérieure ne faisaient de cette exposition canine un spectacle, au total, charmant. Ces attractions, ce sont les chiens eux-mêmes; et, autour d'eux, celles qui les regardent.